Le chemin de Damas

Article de La Croix
Voici une expression dont les racines plongent dans les récits de la conversion de saint Paul, fêtée ce 25 janvier. Parti de Jérusalem pour arrêter les disciples du Christ dans les synagogues de Damas, Paul est terrassé, aveuglé. Il entend une voix l’appeler et se présenter à lui comme « celui que tu persécutes ». Conduit à Damas, il y reçoit la visite d’un de ceux qu’il venait arrêter, Ananie. Il retrouve la vue, reçoit le baptême et met son énergie et son talent au service de la bonne nouvelle chrétienne.
Méditant sur cet événement, Victor Hugo, dans son essai William Shakespeare, en déploie la portée symbolique : « Paul représente ce prodige à la fois divin et humain, la conversion. Il est celui auquel l’avenir est apparu. Il en reste hagard, et rien n’est superbe comme cette face à jamais étonnée du vaincu de la lumière. (…) Un flot d’aurore sort de l’ombre et le jette à bas de son cheval, et désormais il y aura dans l’histoire du genre humain cette chose admirable, le chemin de Damas. »
Choc, éblouissement, mise en route
Le chemin de Damas est devenu le symbole chrétien de la conversion, son paradigme. Lors d’un voyage aux États-Unis, j’entendis dans les transports publics des témoignages de convertis chrétiens. Leurs récits suivaient les grandes lignes de la conversion de saint Paul : engagés sur un chemin de destruction des autres et d’eux-mêmes, un choc spirituel les terrasse dans leurs convictions initiales. Ils se trouvent éblouis : à la fois sûrs de leur salut et nouveaux venus dans une communauté d’adoption qu’ils dénigraient auparavant. En son sein, ils découvrent rapidement leur mission : se remettre en chemin pour venir à notre rencontre livrer leur témoignage.
Les parcours de vie des catéchumènes que j’ai rencontrés ne suivent pas toujours ce schéma. Mais il est prégnant au point que certains s’étonnent de n’avoir pas vécu d’expérience bouleversante et que, même avec Dieu, leur vie reste parfois difficile. Leurs récits si variés éclairent des aspects de la conversion de Paul passés dans l’ombre du symbole.
Une régénération
Nous avons deux versions successives de la conversion de saint Paul par Le Caravage. De la première, la méditation de Victor Hugo serait presque la description. Dans la seconde, Paul est au sol, les bras ouverts vers un ciel presque absent de la toile ; son visage est à découvert, paisible et d’une stupéfiante jeunesse. À l’arrière-plan du cheval qui occupe le centre du tableau, un homme tient en bride l’animal apeuré dont la tête est tournée vers son maître terrassé. Il l’apaise. Lui aussi regarde Paul, mais sans étonnement, comme s’il comprenait ce qui se passe : se découvrir aimé depuis toujours.
Publié le 26 janvier 2026
Le chemin de Damas

Article de La Croix
Voici une expression dont les racines plongent dans les récits de la conversion de saint Paul, fêtée ce 25 janvier. Parti de Jérusalem pour arrêter les disciples du Christ dans les synagogues de Damas, Paul est terrassé, aveuglé. Il entend une voix l’appeler et se présenter à lui comme « celui que tu persécutes ». Conduit à Damas, il y reçoit la visite d’un de ceux qu’il venait arrêter, Ananie. Il retrouve la vue, reçoit le baptême et met son énergie et son talent au service de la bonne nouvelle chrétienne.
Méditant sur cet événement, Victor Hugo, dans son essai William Shakespeare, en déploie la portée symbolique : « Paul représente ce prodige à la fois divin et humain, la conversion. Il est celui auquel l’avenir est apparu. Il en reste hagard, et rien n’est superbe comme cette face à jamais étonnée du vaincu de la lumière. (…) Un flot d’aurore sort de l’ombre et le jette à bas de son cheval, et désormais il y aura dans l’histoire du genre humain cette chose admirable, le chemin de Damas. »
Choc, éblouissement, mise en route
Le chemin de Damas est devenu le symbole chrétien de la conversion, son paradigme. Lors d’un voyage aux États-Unis, j’entendis dans les transports publics des témoignages de convertis chrétiens. Leurs récits suivaient les grandes lignes de la conversion de saint Paul : engagés sur un chemin de destruction des autres et d’eux-mêmes, un choc spirituel les terrasse dans leurs convictions initiales. Ils se trouvent éblouis : à la fois sûrs de leur salut et nouveaux venus dans une communauté d’adoption qu’ils dénigraient auparavant. En son sein, ils découvrent rapidement leur mission : se remettre en chemin pour venir à notre rencontre livrer leur témoignage.
Les parcours de vie des catéchumènes que j’ai rencontrés ne suivent pas toujours ce schéma. Mais il est prégnant au point que certains s’étonnent de n’avoir pas vécu d’expérience bouleversante et que, même avec Dieu, leur vie reste parfois difficile. Leurs récits si variés éclairent des aspects de la conversion de Paul passés dans l’ombre du symbole.
Une régénération
Nous avons deux versions successives de la conversion de saint Paul par Le Caravage. De la première, la méditation de Victor Hugo serait presque la description. Dans la seconde, Paul est au sol, les bras ouverts vers un ciel presque absent de la toile ; son visage est à découvert, paisible et d’une stupéfiante jeunesse. À l’arrière-plan du cheval qui occupe le centre du tableau, un homme tient en bride l’animal apeuré dont la tête est tournée vers son maître terrassé. Il l’apaise. Lui aussi regarde Paul, mais sans étonnement, comme s’il comprenait ce qui se passe : se découvrir aimé depuis toujours.
Publié le 26 janvier 2026
Le chemin de Damas

Article de La Croix
Voici une expression dont les racines plongent dans les récits de la conversion de saint Paul, fêtée ce 25 janvier. Parti de Jérusalem pour arrêter les disciples du Christ dans les synagogues de Damas, Paul est terrassé, aveuglé. Il entend une voix l’appeler et se présenter à lui comme « celui que tu persécutes ». Conduit à Damas, il y reçoit la visite d’un de ceux qu’il venait arrêter, Ananie. Il retrouve la vue, reçoit le baptême et met son énergie et son talent au service de la bonne nouvelle chrétienne.
Méditant sur cet événement, Victor Hugo, dans son essai William Shakespeare, en déploie la portée symbolique : « Paul représente ce prodige à la fois divin et humain, la conversion. Il est celui auquel l’avenir est apparu. Il en reste hagard, et rien n’est superbe comme cette face à jamais étonnée du vaincu de la lumière. (…) Un flot d’aurore sort de l’ombre et le jette à bas de son cheval, et désormais il y aura dans l’histoire du genre humain cette chose admirable, le chemin de Damas. »
Choc, éblouissement, mise en route
Le chemin de Damas est devenu le symbole chrétien de la conversion, son paradigme. Lors d’un voyage aux États-Unis, j’entendis dans les transports publics des témoignages de convertis chrétiens. Leurs récits suivaient les grandes lignes de la conversion de saint Paul : engagés sur un chemin de destruction des autres et d’eux-mêmes, un choc spirituel les terrasse dans leurs convictions initiales. Ils se trouvent éblouis : à la fois sûrs de leur salut et nouveaux venus dans une communauté d’adoption qu’ils dénigraient auparavant. En son sein, ils découvrent rapidement leur mission : se remettre en chemin pour venir à notre rencontre livrer leur témoignage.
Les parcours de vie des catéchumènes que j’ai rencontrés ne suivent pas toujours ce schéma. Mais il est prégnant au point que certains s’étonnent de n’avoir pas vécu d’expérience bouleversante et que, même avec Dieu, leur vie reste parfois difficile. Leurs récits si variés éclairent des aspects de la conversion de Paul passés dans l’ombre du symbole.
Une régénération
Nous avons deux versions successives de la conversion de saint Paul par Le Caravage. De la première, la méditation de Victor Hugo serait presque la description. Dans la seconde, Paul est au sol, les bras ouverts vers un ciel presque absent de la toile ; son visage est à découvert, paisible et d’une stupéfiante jeunesse. À l’arrière-plan du cheval qui occupe le centre du tableau, un homme tient en bride l’animal apeuré dont la tête est tournée vers son maître terrassé. Il l’apaise. Lui aussi regarde Paul, mais sans étonnement, comme s’il comprenait ce qui se passe : se découvrir aimé depuis toujours.
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Publié le 26 janvier 2026