Le Feu dans la Bible

images

Tout un symbole. Les incendies gigantesques de Los Angeles rappellent le « feu dévorant » souvent présent dans les Écritures. Un élément ambivalent qui peut aussi purifier et guider la vie spirituelle.

  • Stéphane Bataillon, journaliste et poète,
  • le 18/01/2025 in “La Croix”

Devant Moïse, le buisson ardent apparaît mais « sans se consumer » (Exode 3,3), pour révéler la présence de Dieu et entrer en dialogue.

Incendie. Le feu ravage, dévore les maisons. Ne fait pas la différence entre pauvres et puissants. En ce mois de janvier 2025, il se déchaîne sur la côte californienne, ravageant la Cité des anges, Los Angeles, dans un déluge de flammes. Comme l’eau, qui fait vivre ou noie, le feu a deux côtés : il réchauffe de sa lumière ou réduit au néant. Tout est question de maîtrise, de distance, d’équilibre. Un dialogue à la vie à la mort que les pompiers, comme les personnages de la Bible, connaissent bien.

À lire aussiIncendies à Los Angeles : les communautés religieuses aux prises avec les flammes

Devant Moïse, le buisson ardent apparaît mais « sans se consumer » (Exode 3,3), pour révéler la présence de Dieu et entrer en dialogue. Il devient « colonne de feu » pour éclairer de nuit le peuple d’Israël (Exode 13, 20-22). Jean-Baptiste annonce le Christ comme celui qui « baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » (Luc 3,16). Jésus lui-même use de la symbolique en proclamant : « Je suis venu jeter un feu sur la terre » connaissant son pouvoir transformateur : « et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Luc 12,49). Et, lorsque l’Esprit Saint se pose, sous forme de « langues qu’on aurait dites de feu » sur chaque Apôtre et les remplit au matin de la Pentecôte (Actes des Apôtres 2, 3-4), c’est à une communion de lumières à laquelle on assiste. Dans ces cas, feu d’Esprit, feu de parole, l’élément est positif. Manifestation divine, il module son ardeur pour être vu des fidèles et apporter la confiance sur un terrain hostile.

Le feu révèle aussi la puissance de l’amour

Mais le feu peut aussi devenir dévorant. Il se déchaîne pour tout détruire. Les hommes savent sa puissance, assimilée à la colère de Dieu. Dans les Psaumes, associé aux vents violents, on l’invoque pour qu’il tombe sur l’ennemi : « Comme un feu dévore une forêt (…) poursuis-les de ta bourrasque, par ton ouragan, remplis-les d’épouvante » (Psaumes 82). Les prophètes, Ézéchiel, Zacharie ou Jérémie, sont prévenus de ces fléaux qu’ils devront annoncer. Rien n’y résistera : le bois calciné ne peut plus bourgeonner, la vigne, devenue infructueuse signe la rupture du cours de la vie. « La terre a été brûlée. Et le peuple est comme la proie du feu. » (Isaïe 9, 17-18).

Cette colère divine répond souvent à la méchanceté ou à l’infidélité humaine. Une manière de défendre jalousement son honneur. Ainsi, l’holocauste préparé par le prophète Elie s’embrase contre les faux dieux. Un feu que Dieu maîtrise contre toutes les idoles : « Alors le feu du Seigneur tomba, il dévora la victime (un taureau représentant le faux dieu Baal) et le bois. » (1 Rois 18,38). Rien ne résiste. Nature embrasée, « les gens tombèrent face contre terre. » Silence de mort.

Et puis, arrive le temps où les couleurs de sa flamme changent. Nous sommes dans la pièce la plus secrète de la maison. Peu importe le dehors, la flamme de la bougie éclaire notre nuit. Le feu révèle la puissance de l’amour. Dans le Cantique des Cantiques, « L’amour est fort comme la Mort (…) ses traits sont des traits de feu » (Ct 8, 6-7). Signe d’union, signe d’Alliance « voici qu’un four fumant et un brandon de feu passèrent entre les animaux partagés » (Genèse 15, 17-18). Une fois accepté comme élément partagé, entièrement intégré à la vie spirituelle, le feu est purificateur. Ainsi, le prophète Malachie annonce la venue d’un futur Messie qui pourra, au sein d’un creuset divin, dégager de l’homme son « être pour Dieu » en lui ôtant les scories. Il sera « pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs (…). Il purifiera les fils de Lévi, il les affinera comme or et argent » (Malachie 3, 2-3.)

Les flammes ont fini par s’éteindre. Baptême de feu accompli, l’homme et la nature peuvent renaître et recommencer à chanter. Mais le silence persiste sur le tapis de cendres. Rien d’autre qu’un fin silence. Il faut revenir à Elie pour en trouver l’explication. Lui qui a assisté au désastre peut finalement l’affirmer, du haut du mont Horeb : « Le Seigneur n’était pas dans le feu » (1 Rois 19, 12). Il ne reste que « le murmure d’une brise légère ». Elle est juste venue pour incendier de nos cœurs.

Publié le 06 février 2025

Le Feu dans la Bible

Tout un symbole. Les incendies gigantesques de Los Angeles rappellent le « feu dévorant » souvent présent dans les Écritures. Un élément ambivalent qui peut aussi purifier et guider la vie spirituelle.

  • Stéphane Bataillon, journaliste et poète,
  • le 18/01/2025 in “La Croix”

Devant Moïse, le buisson ardent apparaît mais « sans se consumer » (Exode 3,3), pour révéler la présence de Dieu et entrer en dialogue.

Incendie. Le feu ravage, dévore les maisons. Ne fait pas la différence entre pauvres et puissants. En ce mois de janvier 2025, il se déchaîne sur la côte californienne, ravageant la Cité des anges, Los Angeles, dans un déluge de flammes. Comme l’eau, qui fait vivre ou noie, le feu a deux côtés : il réchauffe de sa lumière ou réduit au néant. Tout est question de maîtrise, de distance, d’équilibre. Un dialogue à la vie à la mort que les pompiers, comme les personnages de la Bible, connaissent bien.

À lire aussiIncendies à Los Angeles : les communautés religieuses aux prises avec les flammes

Devant Moïse, le buisson ardent apparaît mais « sans se consumer » (Exode 3,3), pour révéler la présence de Dieu et entrer en dialogue. Il devient « colonne de feu » pour éclairer de nuit le peuple d’Israël (Exode 13, 20-22). Jean-Baptiste annonce le Christ comme celui qui « baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » (Luc 3,16). Jésus lui-même use de la symbolique en proclamant : « Je suis venu jeter un feu sur la terre » connaissant son pouvoir transformateur : « et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Luc 12,49). Et, lorsque l’Esprit Saint se pose, sous forme de « langues qu’on aurait dites de feu » sur chaque Apôtre et les remplit au matin de la Pentecôte (Actes des Apôtres 2, 3-4), c’est à une communion de lumières à laquelle on assiste. Dans ces cas, feu d’Esprit, feu de parole, l’élément est positif. Manifestation divine, il module son ardeur pour être vu des fidèles et apporter la confiance sur un terrain hostile.

Le feu révèle aussi la puissance de l’amour

Mais le feu peut aussi devenir dévorant. Il se déchaîne pour tout détruire. Les hommes savent sa puissance, assimilée à la colère de Dieu. Dans les Psaumes, associé aux vents violents, on l’invoque pour qu’il tombe sur l’ennemi : « Comme un feu dévore une forêt (…) poursuis-les de ta bourrasque, par ton ouragan, remplis-les d’épouvante » (Psaumes 82). Les prophètes, Ézéchiel, Zacharie ou Jérémie, sont prévenus de ces fléaux qu’ils devront annoncer. Rien n’y résistera : le bois calciné ne peut plus bourgeonner, la vigne, devenue infructueuse signe la rupture du cours de la vie. « La terre a été brûlée. Et le peuple est comme la proie du feu. » (Isaïe 9, 17-18).

Cette colère divine répond souvent à la méchanceté ou à l’infidélité humaine. Une manière de défendre jalousement son honneur. Ainsi, l’holocauste préparé par le prophète Elie s’embrase contre les faux dieux. Un feu que Dieu maîtrise contre toutes les idoles : « Alors le feu du Seigneur tomba, il dévora la victime (un taureau représentant le faux dieu Baal) et le bois. » (1 Rois 18,38). Rien ne résiste. Nature embrasée, « les gens tombèrent face contre terre. » Silence de mort.

Et puis, arrive le temps où les couleurs de sa flamme changent. Nous sommes dans la pièce la plus secrète de la maison. Peu importe le dehors, la flamme de la bougie éclaire notre nuit. Le feu révèle la puissance de l’amour. Dans le Cantique des Cantiques, « L’amour est fort comme la Mort (…) ses traits sont des traits de feu » (Ct 8, 6-7). Signe d’union, signe d’Alliance « voici qu’un four fumant et un brandon de feu passèrent entre les animaux partagés » (Genèse 15, 17-18). Une fois accepté comme élément partagé, entièrement intégré à la vie spirituelle, le feu est purificateur. Ainsi, le prophète Malachie annonce la venue d’un futur Messie qui pourra, au sein d’un creuset divin, dégager de l’homme son « être pour Dieu » en lui ôtant les scories. Il sera « pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs (…). Il purifiera les fils de Lévi, il les affinera comme or et argent » (Malachie 3, 2-3.)

Les flammes ont fini par s’éteindre. Baptême de feu accompli, l’homme et la nature peuvent renaître et recommencer à chanter. Mais le silence persiste sur le tapis de cendres. Rien d’autre qu’un fin silence. Il faut revenir à Elie pour en trouver l’explication. Lui qui a assisté au désastre peut finalement l’affirmer, du haut du mont Horeb : « Le Seigneur n’était pas dans le feu » (1 Rois 19, 12). Il ne reste que « le murmure d’une brise légère ». Elle est juste venue pour incendier de nos cœurs.

Publié le 06 février 2025

Le Feu dans la Bible

images

Tout un symbole. Les incendies gigantesques de Los Angeles rappellent le « feu dévorant » souvent présent dans les Écritures. Un élément ambivalent qui peut aussi purifier et guider la vie spirituelle.

  • Stéphane Bataillon, journaliste et poète,
  • le 18/01/2025 in “La Croix”

Devant Moïse, le buisson ardent apparaît mais « sans se consumer » (Exode 3,3), pour révéler la présence de Dieu et entrer en dialogue.

Incendie. Le feu ravage, dévore les maisons. Ne fait pas la différence entre pauvres et puissants. En ce mois de janvier 2025, il se déchaîne sur la côte californienne, ravageant la Cité des anges, Los Angeles, dans un déluge de flammes. Comme l’eau, qui fait vivre ou noie, le feu a deux côtés : il réchauffe de sa lumière ou réduit au néant. Tout est question de maîtrise, de distance, d’équilibre. Un dialogue à la vie à la mort que les pompiers, comme les personnages de la Bible, connaissent bien.

À lire aussiIncendies à Los Angeles : les communautés religieuses aux prises avec les flammes

Devant Moïse, le buisson ardent apparaît mais « sans se consumer » (Exode 3,3), pour révéler la présence de Dieu et entrer en dialogue. Il devient « colonne de feu » pour éclairer de nuit le peuple d’Israël (Exode 13, 20-22). Jean-Baptiste annonce le Christ comme celui qui « baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » (Luc 3,16). Jésus lui-même use de la symbolique en proclamant : « Je suis venu jeter un feu sur la terre » connaissant son pouvoir transformateur : « et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Luc 12,49). Et, lorsque l’Esprit Saint se pose, sous forme de « langues qu’on aurait dites de feu » sur chaque Apôtre et les remplit au matin de la Pentecôte (Actes des Apôtres 2, 3-4), c’est à une communion de lumières à laquelle on assiste. Dans ces cas, feu d’Esprit, feu de parole, l’élément est positif. Manifestation divine, il module son ardeur pour être vu des fidèles et apporter la confiance sur un terrain hostile.

Le feu révèle aussi la puissance de l’amour

Mais le feu peut aussi devenir dévorant. Il se déchaîne pour tout détruire. Les hommes savent sa puissance, assimilée à la colère de Dieu. Dans les Psaumes, associé aux vents violents, on l’invoque pour qu’il tombe sur l’ennemi : « Comme un feu dévore une forêt (…) poursuis-les de ta bourrasque, par ton ouragan, remplis-les d’épouvante » (Psaumes 82). Les prophètes, Ézéchiel, Zacharie ou Jérémie, sont prévenus de ces fléaux qu’ils devront annoncer. Rien n’y résistera : le bois calciné ne peut plus bourgeonner, la vigne, devenue infructueuse signe la rupture du cours de la vie. « La terre a été brûlée. Et le peuple est comme la proie du feu. » (Isaïe 9, 17-18).

Cette colère divine répond souvent à la méchanceté ou à l’infidélité humaine. Une manière de défendre jalousement son honneur. Ainsi, l’holocauste préparé par le prophète Elie s’embrase contre les faux dieux. Un feu que Dieu maîtrise contre toutes les idoles : « Alors le feu du Seigneur tomba, il dévora la victime (un taureau représentant le faux dieu Baal) et le bois. » (1 Rois 18,38). Rien ne résiste. Nature embrasée, « les gens tombèrent face contre terre. » Silence de mort.

Et puis, arrive le temps où les couleurs de sa flamme changent. Nous sommes dans la pièce la plus secrète de la maison. Peu importe le dehors, la flamme de la bougie éclaire notre nuit. Le feu révèle la puissance de l’amour. Dans le Cantique des Cantiques, « L’amour est fort comme la Mort (…) ses traits sont des traits de feu » (Ct 8, 6-7). Signe d’union, signe d’Alliance « voici qu’un four fumant et un brandon de feu passèrent entre les animaux partagés » (Genèse 15, 17-18). Une fois accepté comme élément partagé, entièrement intégré à la vie spirituelle, le feu est purificateur. Ainsi, le prophète Malachie annonce la venue d’un futur Messie qui pourra, au sein d’un creuset divin, dégager de l’homme son « être pour Dieu » en lui ôtant les scories. Il sera « pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs (…). Il purifiera les fils de Lévi, il les affinera comme or et argent » (Malachie 3, 2-3.)

Les flammes ont fini par s’éteindre. Baptême de feu accompli, l’homme et la nature peuvent renaître et recommencer à chanter. Mais le silence persiste sur le tapis de cendres. Rien d’autre qu’un fin silence. Il faut revenir à Elie pour en trouver l’explication. Lui qui a assisté au désastre peut finalement l’affirmer, du haut du mont Horeb : « Le Seigneur n’était pas dans le feu » (1 Rois 19, 12). Il ne reste que « le murmure d’une brise légère ». Elle est juste venue pour incendier de nos cœurs.

Dans ce dossier

Publié le 06 février 2025