Le souffle de la Bible, du vent à l’Esprit Saint
Article de Christel Juquois dans La Croix du 15 mai 2026
Pourquoi la Bible parle-t-elle du vent ?
La Bible parle beaucoup du vent. C’est un facteur climatique important pour la vie végétale, animale et humaine. Le « vent de la mer », bienfaisant, porte les nuages qui amènent la pluie nécessaire à la vie et aux récoltes (1 R 18, 41-46). Le vent du nord souffle le froid et le gel. Celui qui vient du désert à l’est dessèche les récoltes, c’est lui qui brûle les blés d’Égypte dans le cauchemar du Pharaon interprété par Joseph (Gn 41, 6). Le vent du sud, accablant de chaleur, apporte pourtant le parfum des fleurs dans le Cantique des Cantiques (4, 16).
Le vent est indispensable aux marins ou aux pêcheurs, il fait avancer les bateaux. Mais il peut aussi soulever les eaux et provoquer la tempête, menaçant les navires (Ps 106). C’est « un fort vent d’est » qui ouvre la mer Rouge devant Moïse, permettant la libération du peuple hébreu (Ex 14, 21-27). Le vent semble être l’instrument de la volonté divine, il délivre des messages, récompense ou châtie. « Le vent est naturel mais incontrôlable, explique le père Erwan Chauty, doyen de la faculté de théologie des Facultés Loyola Paris, et la religiosité humaine y a vu, dans certaines circonstances, l’effet, positif ou négatif, parfois ambigu, d’une intervention divine. » Dans le Livre de Job, Dieu se manifeste dans un ouragan (Jb 38, 1). Dans 1 R 19, en revanche, le prophète Élie ne le trouve pas dans l’ouragan qui passe, mais dans « le murmure d’une brise légère ». « Le vent peut être, ou non, l’occasion d’une expérience de Dieu », résume le père Chauty.
Le mot que la Bible utilise le plus souvent pour parler du vent est ruâh, qui exprime d’abord la respiration, le souffle. La ruâh Elohim, le souffle de Dieu, plane au-dessus des eaux avant la création (Gn 1, 2). « C’est un symbole de la puissance divine, dont il n’est pas encore précisé, selon Erwan Chauty, si elle bienfaisante ou terrifiante. » Quand Dieu crée l’homme dans le deuxième chapitre de la Genèse, il lui donne la vie en lui insufflant son haleine dans les narines. Dans la vision d’Ézéchiel, au chapitre 37, Dieu redonne chair par la parole du prophète à des os desséchés. Mais il ne leur a pas rendu l’esprit, et Dieu lui dit alors : « Adresse une prophétie à l’esprit, prophétise, fils d’homme. Dis à l’esprit : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Viens des quatre vents, esprit ! Souffle sur ces morts, et qu’ils vivent ! » (Ez 37, 9.)
Qu’en dit le Nouveau Testament ?
En grec, le vent, le souffle, s’exprime par le mot pneuma, qui regroupe les mêmes significations que le mot ruâh. Dans le Nouveau Testament, ce mot se traduit souvent en français par « esprit » : l’Esprit Saint (pneuma agion, Lc 1, 35), l’Esprit du Seigneur (pneuma kuriou, Lc 4, 18), etc. « Il désigne aussi toutes sortes d’entités non corporelles, des esprits bons ou mauvais,rappelle le père Chauty, dans plusieurs scènes d’exorcisme. Le Nouveau Testament ne parle pas encore de l’Esprit de Dieu comme d’une “personne” divine, mais il y est très présent. » On y relève en effet pas moins de 240 occurrences du mot pneuma.
Néanmoins, le vent n’a pas disparu des textes pour autant. Dans l’épisode de la Pentecôte, racontée au deuxième chapitre des Actes des Apôtres, la descente de l’Esprit Saint promise par Jésus avant son ascension est précédée par un grand bruit, qui « survint du ciel comme un coup de vent violent ». Ce grand bruit, dont on ne sait pas encore s’il est annonciateur d’un événement heureux ou malheureux, traduit le caractère exceptionnel de l’événement. « Ils ont dû se demander : qu’est-ce qui se passe ?, imagine le père Chauty. On retrouve ce type de phénomène à deux reprises dans les Actes, quand l’Esprit vient fortifier les Apôtres en proie à la méfiance des anciens et des scribes (4, 31), et lors de la libération miraculeuse de Paul et de Silas emprisonnés à Rome (16, 26). »
Comment est-on passé du vent à l’Esprit Saint ?
« Le souffle est une très belle image pour parler de l’Esprit, estime le théologien. La différence entre le vivant et le mort, c’est la respiration. La respiration s’agite dans l’effort ou l’émotion. C’est elle qui permet de parler et de chanter. Respirer, c’est faire passer quelque chose d’extérieur à l’intérieur de soi, et redonner à l’extérieur quelque chose qui vient de soi. » Une image puissante de l’interaction avec le monde qui permet la vie, mais aussi « de la relation de Dieu avec l’humanité, qui permet la vie spirituelle. Celle-ci ne peut se vivre seulement comme une recherche de soi, en circuit fermé. La respiration, la vie dans l’Esprit, se fait en circuit ouvert. »
« Le vent souffle où il veut ; tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit » (Jn 3, 8). Ainsi, ce qui se transmet du vent à l’homme par l’Esprit, c’est surtout sa liberté : « Le vent est la seule chose que l’on ne peut pas brider, assurait le pape François (1), que l’on ne peut pas “mettre en bouteille” ou en boîte. » Comme le vent, l’Esprit Saint ne s’enferme pas dans « des concepts, des définitions, des thèses ou des traités ». « Là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté », écrivait saint Paul (2 Co 3, 17). Une liberté, expliquait le pape, qui fonde la vie morale chrétienne, car il ne s’agit pas de faire le bien ou le mal, mais « de faire le bien librement ».
Publié le 16 mai 2026
Le souffle de la Bible, du vent à l’Esprit Saint
Article de Christel Juquois dans La Croix du 15 mai 2026
Pourquoi la Bible parle-t-elle du vent ?
La Bible parle beaucoup du vent. C’est un facteur climatique important pour la vie végétale, animale et humaine. Le « vent de la mer », bienfaisant, porte les nuages qui amènent la pluie nécessaire à la vie et aux récoltes (1 R 18, 41-46). Le vent du nord souffle le froid et le gel. Celui qui vient du désert à l’est dessèche les récoltes, c’est lui qui brûle les blés d’Égypte dans le cauchemar du Pharaon interprété par Joseph (Gn 41, 6). Le vent du sud, accablant de chaleur, apporte pourtant le parfum des fleurs dans le Cantique des Cantiques (4, 16).
Le vent est indispensable aux marins ou aux pêcheurs, il fait avancer les bateaux. Mais il peut aussi soulever les eaux et provoquer la tempête, menaçant les navires (Ps 106). C’est « un fort vent d’est » qui ouvre la mer Rouge devant Moïse, permettant la libération du peuple hébreu (Ex 14, 21-27). Le vent semble être l’instrument de la volonté divine, il délivre des messages, récompense ou châtie. « Le vent est naturel mais incontrôlable, explique le père Erwan Chauty, doyen de la faculté de théologie des Facultés Loyola Paris, et la religiosité humaine y a vu, dans certaines circonstances, l’effet, positif ou négatif, parfois ambigu, d’une intervention divine. » Dans le Livre de Job, Dieu se manifeste dans un ouragan (Jb 38, 1). Dans 1 R 19, en revanche, le prophète Élie ne le trouve pas dans l’ouragan qui passe, mais dans « le murmure d’une brise légère ». « Le vent peut être, ou non, l’occasion d’une expérience de Dieu », résume le père Chauty.
Le mot que la Bible utilise le plus souvent pour parler du vent est ruâh, qui exprime d’abord la respiration, le souffle. La ruâh Elohim, le souffle de Dieu, plane au-dessus des eaux avant la création (Gn 1, 2). « C’est un symbole de la puissance divine, dont il n’est pas encore précisé, selon Erwan Chauty, si elle bienfaisante ou terrifiante. » Quand Dieu crée l’homme dans le deuxième chapitre de la Genèse, il lui donne la vie en lui insufflant son haleine dans les narines. Dans la vision d’Ézéchiel, au chapitre 37, Dieu redonne chair par la parole du prophète à des os desséchés. Mais il ne leur a pas rendu l’esprit, et Dieu lui dit alors : « Adresse une prophétie à l’esprit, prophétise, fils d’homme. Dis à l’esprit : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Viens des quatre vents, esprit ! Souffle sur ces morts, et qu’ils vivent ! » (Ez 37, 9.)
Qu’en dit le Nouveau Testament ?
En grec, le vent, le souffle, s’exprime par le mot pneuma, qui regroupe les mêmes significations que le mot ruâh. Dans le Nouveau Testament, ce mot se traduit souvent en français par « esprit » : l’Esprit Saint (pneuma agion, Lc 1, 35), l’Esprit du Seigneur (pneuma kuriou, Lc 4, 18), etc. « Il désigne aussi toutes sortes d’entités non corporelles, des esprits bons ou mauvais,rappelle le père Chauty, dans plusieurs scènes d’exorcisme. Le Nouveau Testament ne parle pas encore de l’Esprit de Dieu comme d’une “personne” divine, mais il y est très présent. » On y relève en effet pas moins de 240 occurrences du mot pneuma.
Néanmoins, le vent n’a pas disparu des textes pour autant. Dans l’épisode de la Pentecôte, racontée au deuxième chapitre des Actes des Apôtres, la descente de l’Esprit Saint promise par Jésus avant son ascension est précédée par un grand bruit, qui « survint du ciel comme un coup de vent violent ». Ce grand bruit, dont on ne sait pas encore s’il est annonciateur d’un événement heureux ou malheureux, traduit le caractère exceptionnel de l’événement. « Ils ont dû se demander : qu’est-ce qui se passe ?, imagine le père Chauty. On retrouve ce type de phénomène à deux reprises dans les Actes, quand l’Esprit vient fortifier les Apôtres en proie à la méfiance des anciens et des scribes (4, 31), et lors de la libération miraculeuse de Paul et de Silas emprisonnés à Rome (16, 26). »
Comment est-on passé du vent à l’Esprit Saint ?
« Le souffle est une très belle image pour parler de l’Esprit, estime le théologien. La différence entre le vivant et le mort, c’est la respiration. La respiration s’agite dans l’effort ou l’émotion. C’est elle qui permet de parler et de chanter. Respirer, c’est faire passer quelque chose d’extérieur à l’intérieur de soi, et redonner à l’extérieur quelque chose qui vient de soi. » Une image puissante de l’interaction avec le monde qui permet la vie, mais aussi « de la relation de Dieu avec l’humanité, qui permet la vie spirituelle. Celle-ci ne peut se vivre seulement comme une recherche de soi, en circuit fermé. La respiration, la vie dans l’Esprit, se fait en circuit ouvert. »
« Le vent souffle où il veut ; tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit » (Jn 3, 8). Ainsi, ce qui se transmet du vent à l’homme par l’Esprit, c’est surtout sa liberté : « Le vent est la seule chose que l’on ne peut pas brider, assurait le pape François (1), que l’on ne peut pas “mettre en bouteille” ou en boîte. » Comme le vent, l’Esprit Saint ne s’enferme pas dans « des concepts, des définitions, des thèses ou des traités ». « Là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté », écrivait saint Paul (2 Co 3, 17). Une liberté, expliquait le pape, qui fonde la vie morale chrétienne, car il ne s’agit pas de faire le bien ou le mal, mais « de faire le bien librement ».
Publié le 16 mai 2026
Le souffle de la Bible, du vent à l’Esprit Saint
Article de Christel Juquois dans La Croix du 15 mai 2026
Pourquoi la Bible parle-t-elle du vent ?
La Bible parle beaucoup du vent. C’est un facteur climatique important pour la vie végétale, animale et humaine. Le « vent de la mer », bienfaisant, porte les nuages qui amènent la pluie nécessaire à la vie et aux récoltes (1 R 18, 41-46). Le vent du nord souffle le froid et le gel. Celui qui vient du désert à l’est dessèche les récoltes, c’est lui qui brûle les blés d’Égypte dans le cauchemar du Pharaon interprété par Joseph (Gn 41, 6). Le vent du sud, accablant de chaleur, apporte pourtant le parfum des fleurs dans le Cantique des Cantiques (4, 16).
Le vent est indispensable aux marins ou aux pêcheurs, il fait avancer les bateaux. Mais il peut aussi soulever les eaux et provoquer la tempête, menaçant les navires (Ps 106). C’est « un fort vent d’est » qui ouvre la mer Rouge devant Moïse, permettant la libération du peuple hébreu (Ex 14, 21-27). Le vent semble être l’instrument de la volonté divine, il délivre des messages, récompense ou châtie. « Le vent est naturel mais incontrôlable, explique le père Erwan Chauty, doyen de la faculté de théologie des Facultés Loyola Paris, et la religiosité humaine y a vu, dans certaines circonstances, l’effet, positif ou négatif, parfois ambigu, d’une intervention divine. » Dans le Livre de Job, Dieu se manifeste dans un ouragan (Jb 38, 1). Dans 1 R 19, en revanche, le prophète Élie ne le trouve pas dans l’ouragan qui passe, mais dans « le murmure d’une brise légère ». « Le vent peut être, ou non, l’occasion d’une expérience de Dieu », résume le père Chauty.
Le mot que la Bible utilise le plus souvent pour parler du vent est ruâh, qui exprime d’abord la respiration, le souffle. La ruâh Elohim, le souffle de Dieu, plane au-dessus des eaux avant la création (Gn 1, 2). « C’est un symbole de la puissance divine, dont il n’est pas encore précisé, selon Erwan Chauty, si elle bienfaisante ou terrifiante. » Quand Dieu crée l’homme dans le deuxième chapitre de la Genèse, il lui donne la vie en lui insufflant son haleine dans les narines. Dans la vision d’Ézéchiel, au chapitre 37, Dieu redonne chair par la parole du prophète à des os desséchés. Mais il ne leur a pas rendu l’esprit, et Dieu lui dit alors : « Adresse une prophétie à l’esprit, prophétise, fils d’homme. Dis à l’esprit : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Viens des quatre vents, esprit ! Souffle sur ces morts, et qu’ils vivent ! » (Ez 37, 9.)
Qu’en dit le Nouveau Testament ?
En grec, le vent, le souffle, s’exprime par le mot pneuma, qui regroupe les mêmes significations que le mot ruâh. Dans le Nouveau Testament, ce mot se traduit souvent en français par « esprit » : l’Esprit Saint (pneuma agion, Lc 1, 35), l’Esprit du Seigneur (pneuma kuriou, Lc 4, 18), etc. « Il désigne aussi toutes sortes d’entités non corporelles, des esprits bons ou mauvais,rappelle le père Chauty, dans plusieurs scènes d’exorcisme. Le Nouveau Testament ne parle pas encore de l’Esprit de Dieu comme d’une “personne” divine, mais il y est très présent. » On y relève en effet pas moins de 240 occurrences du mot pneuma.
Néanmoins, le vent n’a pas disparu des textes pour autant. Dans l’épisode de la Pentecôte, racontée au deuxième chapitre des Actes des Apôtres, la descente de l’Esprit Saint promise par Jésus avant son ascension est précédée par un grand bruit, qui « survint du ciel comme un coup de vent violent ». Ce grand bruit, dont on ne sait pas encore s’il est annonciateur d’un événement heureux ou malheureux, traduit le caractère exceptionnel de l’événement. « Ils ont dû se demander : qu’est-ce qui se passe ?, imagine le père Chauty. On retrouve ce type de phénomène à deux reprises dans les Actes, quand l’Esprit vient fortifier les Apôtres en proie à la méfiance des anciens et des scribes (4, 31), et lors de la libération miraculeuse de Paul et de Silas emprisonnés à Rome (16, 26). »
Comment est-on passé du vent à l’Esprit Saint ?
« Le souffle est une très belle image pour parler de l’Esprit, estime le théologien. La différence entre le vivant et le mort, c’est la respiration. La respiration s’agite dans l’effort ou l’émotion. C’est elle qui permet de parler et de chanter. Respirer, c’est faire passer quelque chose d’extérieur à l’intérieur de soi, et redonner à l’extérieur quelque chose qui vient de soi. » Une image puissante de l’interaction avec le monde qui permet la vie, mais aussi « de la relation de Dieu avec l’humanité, qui permet la vie spirituelle. Celle-ci ne peut se vivre seulement comme une recherche de soi, en circuit fermé. La respiration, la vie dans l’Esprit, se fait en circuit ouvert. »
« Le vent souffle où il veut ; tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit » (Jn 3, 8). Ainsi, ce qui se transmet du vent à l’homme par l’Esprit, c’est surtout sa liberté : « Le vent est la seule chose que l’on ne peut pas brider, assurait le pape François (1), que l’on ne peut pas “mettre en bouteille” ou en boîte. » Comme le vent, l’Esprit Saint ne s’enferme pas dans « des concepts, des définitions, des thèses ou des traités ». « Là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté », écrivait saint Paul (2 Co 3, 17). Une liberté, expliquait le pape, qui fonde la vie morale chrétienne, car il ne s’agit pas de faire le bien ou le mal, mais « de faire le bien librement ».
Dans ce dossier
Publié le 16 mai 2026
