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Acab, prophète de malheur. Regard spirituel sur la violence sociale

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25 Il n’y a eu personne qui se soit lui-même vendu comme Achab pour faire ce qui est mal aux yeux de l’Eternel, et sa femme Jézabel l’y poussait. 26 Il a agi de la manière la plus abominable en suivant les idoles, comme le faisaient les Amoréens, ces peuples que l’Eternel avait dépossédés devant les Israélites.

27 Après avoir entendu les paroles d’Elie, Achab déchira ses habits, se couvrit d’un sac à même la peau et jeûna. Il dormait avec ce sac et il marchait tout lentement. 28 La parole de l’Eternel fut adressée à Elie le Thishbite: 29 «As-tu vu qu’Achab s’est humilié devant moi? Eh bien, parce qu’il s’est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le malheur durant sa vie. Ce sera pendant la vie de son fils que je ferai venir le malheur sur sa famille.»

1 Rois 25-29

Arnaud Alibert

Prêtre assomptionniste, rédacteur en chef à La Croix

Article du 23 octobre 2026

Après des semaines de manifestations et de violence, la France a des bleus à l’âme. Elle est en crise, certes. Mais comme nous l’enseigne l’histoire, on finit toujours par sortir d’une crise. Le comment de cette sortie est la question qui m’habite. Experts, sociologues et tacticiens politiques sont au chevet de la société. Et c’est sans doute très nécessaire car un historien, Stéphane Encel, croisé sur un plateau de radio me rappelait que, dans la Constitution française de 1793, un droit à l’insurrection avait été instauré au cas où le peuple serait mécontent de son gouvernement. Parfois la sortie peut donc être violente.

Personnellement, j’ai été poussé à ouvrir l’Ancien Testament. Dans la Bible, une sagesse nous est donnée : il importe que la parole précède les actes. Ainsi, Dieu commence par parler pour créer le monde, et il promet à Abraham une terre avant de la lui donner, après de longues années et de nombreuses épreuves. Appliquant cette sagesse à notre situation d’aujourd’hui, il me semble que, si l’on veut restaurer le bon ordre des choses, il nous faut commencer – pardonnez ce jeu de mots – par de bons mots d’ordre. Or, on en est loin.

J’ai même été plongé dans un certain trouble par le cri de « Acab », que j’ai entendu prononcé par les casseurs. Mais que vient faire le roi Achab qui peut aussi s’orthographier Acab, au milieu des manifestations ? Naïveté ou ignorance crasse, l’Acab des temps modernes est une insulte à la police (All Cops Are Bastards), qui ne vaut pas la peine d’être traduite, un outrage doublé d’un mensonge. Elle ne proteste pas, elle invective. Pour parler en langage biblique, elle est une malédiction posée sur la tête de tous les « flics ». En ce sens, elle n’est pas très loin de la mémoire que le roi Acab a laissée en Israël.

L’histoire du roi Acab, en effet, se détache sur fond de celle du grand prophète Élie, auquel les contemporains du Christ compareront Jésus, excusez du peu. Ce roi Acab, qui régna sur Israël au IXe siècle avant notre ère, restera dans la mémoire de son peuple comme un roi spirituellement inconstant, capable d’adorer les dieux Baal et pour lequel mensonges et violences font partie de l’art de gouverner. Dire « Acab » dans la Bible, c’est au fond s’inscrire en faux par rapport à la volonté de Dieu et un futur synonyme de salut

La Bible nous rapporte qu’un jour, le roi Acab use de mensonge et de violence pour faire tuer le pauvre Naboth, son sage et pieux voisin, à coup de pierre et s’emparer de sa vigne. Triste perspective pour construire une société ! Face à lui se dresse Élie, l’anti-Acab en quelque sorte. Là où le roi veut tout, tout de suite, le prophète apprend la patience, le passage par le désert, le manque et le silence pour retrouver la trace du Salut dans sa vie et dans l’histoire d’Israël. Il fera l’expérience de la lente fertilité de la promesse divine, sa discrétion comparable à un murmure imperceptible à côté du fracas du monde.

Traduite en langage actuel, cette sagesse biblique indique que l’avenir désirable de notre société ne s’achète pas au prix de la violence, des cris et de l’opposition des uns contre les autres, mais s’imagine dans une posture où c’est le calme du cœur qui produit les mots de la mobilisation, entendons la prise de conscience impérieuse qu’une tâche commune est maintenant à accomplir.

Dans un épisode fameux, le prophète Élie promettra à une pauvre veuve de Sarepta non pas la richesse et la gloire des réseaux sociaux, mais que sa jarre d’huile et sa mesure de farine ne seront jamais vides. C’est une image magnifique qui nous dit qu’Élie encore doit prendre le dessus sur Acab. Veillons à ce que ne manquent ni la farine de notre liberté ni l’huile de notre fraternité.

Publié le 24 octobre 2026

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Acab, prophète de malheur. Regard spirituel sur la violence sociale

25 Il n’y a eu personne qui se soit lui-même vendu comme Achab pour faire ce qui est mal aux yeux de l’Eternel, et sa femme Jézabel l’y poussait. 26 Il a agi de la manière la plus abominable en suivant les idoles, comme le faisaient les Amoréens, ces peuples que l’Eternel avait dépossédés devant les Israélites.

27 Après avoir entendu les paroles d’Elie, Achab déchira ses habits, se couvrit d’un sac à même la peau et jeûna. Il dormait avec ce sac et il marchait tout lentement. 28 La parole de l’Eternel fut adressée à Elie le Thishbite: 29 «As-tu vu qu’Achab s’est humilié devant moi? Eh bien, parce qu’il s’est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le malheur durant sa vie. Ce sera pendant la vie de son fils que je ferai venir le malheur sur sa famille.»

1 Rois 25-29

Arnaud Alibert

Prêtre assomptionniste, rédacteur en chef à La Croix

Article du 23 octobre 2026

Après des semaines de manifestations et de violence, la France a des bleus à l’âme. Elle est en crise, certes. Mais comme nous l’enseigne l’histoire, on finit toujours par sortir d’une crise. Le comment de cette sortie est la question qui m’habite. Experts, sociologues et tacticiens politiques sont au chevet de la société. Et c’est sans doute très nécessaire car un historien, Stéphane Encel, croisé sur un plateau de radio me rappelait que, dans la Constitution française de 1793, un droit à l’insurrection avait été instauré au cas où le peuple serait mécontent de son gouvernement. Parfois la sortie peut donc être violente.

Personnellement, j’ai été poussé à ouvrir l’Ancien Testament. Dans la Bible, une sagesse nous est donnée : il importe que la parole précède les actes. Ainsi, Dieu commence par parler pour créer le monde, et il promet à Abraham une terre avant de la lui donner, après de longues années et de nombreuses épreuves. Appliquant cette sagesse à notre situation d’aujourd’hui, il me semble que, si l’on veut restaurer le bon ordre des choses, il nous faut commencer – pardonnez ce jeu de mots – par de bons mots d’ordre. Or, on en est loin.

J’ai même été plongé dans un certain trouble par le cri de « Acab », que j’ai entendu prononcé par les casseurs. Mais que vient faire le roi Achab qui peut aussi s’orthographier Acab, au milieu des manifestations ? Naïveté ou ignorance crasse, l’Acab des temps modernes est une insulte à la police (All Cops Are Bastards), qui ne vaut pas la peine d’être traduite, un outrage doublé d’un mensonge. Elle ne proteste pas, elle invective. Pour parler en langage biblique, elle est une malédiction posée sur la tête de tous les « flics ». En ce sens, elle n’est pas très loin de la mémoire que le roi Acab a laissée en Israël.

L’histoire du roi Acab, en effet, se détache sur fond de celle du grand prophète Élie, auquel les contemporains du Christ compareront Jésus, excusez du peu. Ce roi Acab, qui régna sur Israël au IXe siècle avant notre ère, restera dans la mémoire de son peuple comme un roi spirituellement inconstant, capable d’adorer les dieux Baal et pour lequel mensonges et violences font partie de l’art de gouverner. Dire « Acab » dans la Bible, c’est au fond s’inscrire en faux par rapport à la volonté de Dieu et un futur synonyme de salut

La Bible nous rapporte qu’un jour, le roi Acab use de mensonge et de violence pour faire tuer le pauvre Naboth, son sage et pieux voisin, à coup de pierre et s’emparer de sa vigne. Triste perspective pour construire une société ! Face à lui se dresse Élie, l’anti-Acab en quelque sorte. Là où le roi veut tout, tout de suite, le prophète apprend la patience, le passage par le désert, le manque et le silence pour retrouver la trace du Salut dans sa vie et dans l’histoire d’Israël. Il fera l’expérience de la lente fertilité de la promesse divine, sa discrétion comparable à un murmure imperceptible à côté du fracas du monde.

Traduite en langage actuel, cette sagesse biblique indique que l’avenir désirable de notre société ne s’achète pas au prix de la violence, des cris et de l’opposition des uns contre les autres, mais s’imagine dans une posture où c’est le calme du cœur qui produit les mots de la mobilisation, entendons la prise de conscience impérieuse qu’une tâche commune est maintenant à accomplir.

Dans un épisode fameux, le prophète Élie promettra à une pauvre veuve de Sarepta non pas la richesse et la gloire des réseaux sociaux, mais que sa jarre d’huile et sa mesure de farine ne seront jamais vides. C’est une image magnifique qui nous dit qu’Élie encore doit prendre le dessus sur Acab. Veillons à ce que ne manquent ni la farine de notre liberté ni l’huile de notre fraternité.

Publié le 24 octobre 2026

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Acab, prophète de malheur. Regard spirituel sur la violence sociale

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25 Il n’y a eu personne qui se soit lui-même vendu comme Achab pour faire ce qui est mal aux yeux de l’Eternel, et sa femme Jézabel l’y poussait. 26 Il a agi de la manière la plus abominable en suivant les idoles, comme le faisaient les Amoréens, ces peuples que l’Eternel avait dépossédés devant les Israélites.

27 Après avoir entendu les paroles d’Elie, Achab déchira ses habits, se couvrit d’un sac à même la peau et jeûna. Il dormait avec ce sac et il marchait tout lentement. 28 La parole de l’Eternel fut adressée à Elie le Thishbite: 29 «As-tu vu qu’Achab s’est humilié devant moi? Eh bien, parce qu’il s’est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le malheur durant sa vie. Ce sera pendant la vie de son fils que je ferai venir le malheur sur sa famille.»

1 Rois 25-29

Arnaud Alibert

Prêtre assomptionniste, rédacteur en chef à La Croix

Article du 23 octobre 2026

Après des semaines de manifestations et de violence, la France a des bleus à l’âme. Elle est en crise, certes. Mais comme nous l’enseigne l’histoire, on finit toujours par sortir d’une crise. Le comment de cette sortie est la question qui m’habite. Experts, sociologues et tacticiens politiques sont au chevet de la société. Et c’est sans doute très nécessaire car un historien, Stéphane Encel, croisé sur un plateau de radio me rappelait que, dans la Constitution française de 1793, un droit à l’insurrection avait été instauré au cas où le peuple serait mécontent de son gouvernement. Parfois la sortie peut donc être violente.

Personnellement, j’ai été poussé à ouvrir l’Ancien Testament. Dans la Bible, une sagesse nous est donnée : il importe que la parole précède les actes. Ainsi, Dieu commence par parler pour créer le monde, et il promet à Abraham une terre avant de la lui donner, après de longues années et de nombreuses épreuves. Appliquant cette sagesse à notre situation d’aujourd’hui, il me semble que, si l’on veut restaurer le bon ordre des choses, il nous faut commencer – pardonnez ce jeu de mots – par de bons mots d’ordre. Or, on en est loin.

J’ai même été plongé dans un certain trouble par le cri de « Acab », que j’ai entendu prononcé par les casseurs. Mais que vient faire le roi Achab qui peut aussi s’orthographier Acab, au milieu des manifestations ? Naïveté ou ignorance crasse, l’Acab des temps modernes est une insulte à la police (All Cops Are Bastards), qui ne vaut pas la peine d’être traduite, un outrage doublé d’un mensonge. Elle ne proteste pas, elle invective. Pour parler en langage biblique, elle est une malédiction posée sur la tête de tous les « flics ». En ce sens, elle n’est pas très loin de la mémoire que le roi Acab a laissée en Israël.

L’histoire du roi Acab, en effet, se détache sur fond de celle du grand prophète Élie, auquel les contemporains du Christ compareront Jésus, excusez du peu. Ce roi Acab, qui régna sur Israël au IXe siècle avant notre ère, restera dans la mémoire de son peuple comme un roi spirituellement inconstant, capable d’adorer les dieux Baal et pour lequel mensonges et violences font partie de l’art de gouverner. Dire « Acab » dans la Bible, c’est au fond s’inscrire en faux par rapport à la volonté de Dieu et un futur synonyme de salut

La Bible nous rapporte qu’un jour, le roi Acab use de mensonge et de violence pour faire tuer le pauvre Naboth, son sage et pieux voisin, à coup de pierre et s’emparer de sa vigne. Triste perspective pour construire une société ! Face à lui se dresse Élie, l’anti-Acab en quelque sorte. Là où le roi veut tout, tout de suite, le prophète apprend la patience, le passage par le désert, le manque et le silence pour retrouver la trace du Salut dans sa vie et dans l’histoire d’Israël. Il fera l’expérience de la lente fertilité de la promesse divine, sa discrétion comparable à un murmure imperceptible à côté du fracas du monde.

Traduite en langage actuel, cette sagesse biblique indique que l’avenir désirable de notre société ne s’achète pas au prix de la violence, des cris et de l’opposition des uns contre les autres, mais s’imagine dans une posture où c’est le calme du cœur qui produit les mots de la mobilisation, entendons la prise de conscience impérieuse qu’une tâche commune est maintenant à accomplir.

Dans un épisode fameux, le prophète Élie promettra à une pauvre veuve de Sarepta non pas la richesse et la gloire des réseaux sociaux, mais que sa jarre d’huile et sa mesure de farine ne seront jamais vides. C’est une image magnifique qui nous dit qu’Élie encore doit prendre le dessus sur Acab. Veillons à ce que ne manquent ni la farine de notre liberté ni l’huile de notre fraternité.

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Publié le 24 octobre 2026