Saint Augustin
extraits d’un article de Christel Juquois dans La Croix du 09 janvier 2026
Le pape Léon XIV cite saint Augustin dans presque toutes ses homélies. La Croix propose une série sur six grandes œuvres de ce prestigieux Père de l’Église. Cette semaine, les Confessions nous mènent à la découverte de sa vie et de son chemin de conversion.
De quoi parlent les Confessions ?
Les Confessions sont une autobiographie d’Augustin, un genre littéraire inédit à une époque où l’on ne parlait pas de soi. L’auteur y relit sa vie dans les neuf premiers livres, depuis sa petite enfance jusqu’à sa conversion et son baptême. Les quatre derniers répondent, dix ans après sa conversion, aux interrogations philosophiques et théologiques qui l’avaient tourmenté.
Sa réflexion sur sa propre histoire est animée par deux grandes questions : qui est Dieu, et d’où vient le mal ? Il analyse les mécanismes intérieurs qui poussent au mal, racontant notamment un vol de poires commis dans sa jeunesse pour le simple plaisir de la transgression (II, 4). Il avoue son attrait pour les honneurs et sa difficulté à se passer d’une femme dans sa vie. « Il ne le fait pas pour étaler son ego », expliquait Lucien Jerphagnon (1) dans une émission sur France Culture peu de temps avant sa mort en 2011. « Il vise trois choses : confesser sa foi en la gloire de Dieu, confesser qu’il n’en était pas digne et faire des aveux. »
Pour Isabelle Bochet (2), les Confessions sont « le récit qu’Augustin fait de son propre itinéraire, à la lumière de l’Écriture et de ce qu’il a compris de Dieu et de la foi chrétienne ». En réalité, « le héros de l’histoire, ce n’est pas Augustin, c’est Dieu, explique le père Dominique Salin (3). Les Confessions retracent l’histoire de l’action de Dieu, de la grâce, dans sa vie. » Une histoire de libération du mal et du péché qui le mène à la louange : « L’homme veut vous louer, lui, part médiocre de votre création » (Confessions I, 1).
Que dit Augustin de son itinéraire ?
Né d’une famille modeste dans un petit village de l’actuelle Kabylie (Algérie), Augustin, comme la plupart des enfants mâles, n’a pas été baptisé à sa naissance. À l’école, c’est un petit prodige. Un mécène financera ses études supérieures à Carthage. Le jeune homme fera une carrière exceptionnelle, jusqu’à obtenir la charge d’orateur de l’empereur (il écrit ses discours) et la chaire de rhétorique de la capitale, Milan. À la veille de sa conversion, il est en passe de devenir
gouverneur d’une des provinces de l’Empire. « Son plus grand péché, assurait Lucien Jerphagnon, ce n’est pas la débauche comme on le dit trop souvent, c’est son ambition démesurée, une course aux honneurs. »
À 16 ans, ébloui par la lecture de Cicéron, il avait décidé d’adopter l’idéal de vie stoïcien : la sagesse, qui suppose le détachement des biens, des honneurs, des appétits charnels. Or il vivait en couple avec une femme, dont il avait déjà un fils. Une quête de quinze années commence alors : il passe neuf ans adepte de la religion manichéenne, traverse une courte période de scepticisme, découvre les néoplatoniciens, dont certains sont chrétiens. Jusqu’à la rencontre décisive avec Ambroise, évêque de Milan, dont les sermons le persuadent que le christianisme est la voie à suivre.
La mère d’Augustin est chrétienne. Mais une première approche de la Bible l’a arrêté : « Trop de meurtres, d’incestes, d’horreurs dans la Genèse et l’Exode », explique le père Salin. C’est la lecture de saint Jean et surtout de saint Paul qui achève de le retourner. Un jour d’août 386, raconte-t-il dans le livre VIII, il vit un moment de crise. Il entend alors une voix lui dire : « Prends et lis. » Il y reconnaît une invitation de Dieu à ouvrir les lettres de Paul qu’il avait devant lui et lit : « Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ et ne pourvoyez pas à la convoitise de la chair » (Rm 13, 14).
Alors qu’il se croyait incapable de renoncer aux honneurs et aux femmes, « il s’est découvert pardonné par le Christ », explique Dominique Salin. Il a déjà démissionné de ses hautes fonctions et renvoyé sa compagne. « Curieusement, bien qu’il ait un fils, Augustin ne s’est pas projeté en père de famille chrétien, mais en moine », note le théologien. Baptisé à 32 ans, il retourne en Afrique. La sérénité d’une vie de moine ne lui sera pas accordée : l’évêque d’Hippone repère en lui l’homme providentiel qui pourrait lui succéder, et l’ordonne prêtre presque malgré lui. Il sera évêque cinq ans plus tard.
Pourquoi lire aujourd’hui les Confessions d’Augustin ?
« Il pensait, expliquait Lucien Jerphagnon, que le monde est plein d’autres Augustin en puissance, à qui devrait échoir comme à lui cette grâce extraordinaire de se découvrir et de découvrir Dieu en même temps, même s’ils avaient fait les pires âneries. » Pour Isabelle Bochet, en effet, « chaque lecteur peut s’identifier à Augustin et se reconnaître dans sa quête, dans ses erreurs, ses doutes, ses questions… Son expérience a une dimension universelle ».
Les Confessions d’Augustin enseignent que c’est en trouvant Dieu que l’on se trouve soi-même, ce qui pourrait intéresser la quête de soi contemporaine. Il montre à ses lecteurs, assure Isabelle Bochet, que « la relation à Dieu nous constitue comme hommes. Dieu n’est pas celui qui m’enlève la liberté, mais celui qui me la donne ». Pour le père Salin, « faisant retour sur sa vie avec une honnêteté et une franchise extraordinaires, Augustin est le prototype de l’homme occidental, à qui Dieu permet de se tenir devant lui en disant “je” sur quatre cents pages ».
Publié le 13 janvier 2026
Saint Augustin
extraits d’un article de Christel Juquois dans La Croix du 09 janvier 2026
Le pape Léon XIV cite saint Augustin dans presque toutes ses homélies. La Croix propose une série sur six grandes œuvres de ce prestigieux Père de l’Église. Cette semaine, les Confessions nous mènent à la découverte de sa vie et de son chemin de conversion.
De quoi parlent les Confessions ?
Les Confessions sont une autobiographie d’Augustin, un genre littéraire inédit à une époque où l’on ne parlait pas de soi. L’auteur y relit sa vie dans les neuf premiers livres, depuis sa petite enfance jusqu’à sa conversion et son baptême. Les quatre derniers répondent, dix ans après sa conversion, aux interrogations philosophiques et théologiques qui l’avaient tourmenté.
Sa réflexion sur sa propre histoire est animée par deux grandes questions : qui est Dieu, et d’où vient le mal ? Il analyse les mécanismes intérieurs qui poussent au mal, racontant notamment un vol de poires commis dans sa jeunesse pour le simple plaisir de la transgression (II, 4). Il avoue son attrait pour les honneurs et sa difficulté à se passer d’une femme dans sa vie. « Il ne le fait pas pour étaler son ego », expliquait Lucien Jerphagnon (1) dans une émission sur France Culture peu de temps avant sa mort en 2011. « Il vise trois choses : confesser sa foi en la gloire de Dieu, confesser qu’il n’en était pas digne et faire des aveux. »
Pour Isabelle Bochet (2), les Confessions sont « le récit qu’Augustin fait de son propre itinéraire, à la lumière de l’Écriture et de ce qu’il a compris de Dieu et de la foi chrétienne ». En réalité, « le héros de l’histoire, ce n’est pas Augustin, c’est Dieu, explique le père Dominique Salin (3). Les Confessions retracent l’histoire de l’action de Dieu, de la grâce, dans sa vie. » Une histoire de libération du mal et du péché qui le mène à la louange : « L’homme veut vous louer, lui, part médiocre de votre création » (Confessions I, 1).
Que dit Augustin de son itinéraire ?
Né d’une famille modeste dans un petit village de l’actuelle Kabylie (Algérie), Augustin, comme la plupart des enfants mâles, n’a pas été baptisé à sa naissance. À l’école, c’est un petit prodige. Un mécène financera ses études supérieures à Carthage. Le jeune homme fera une carrière exceptionnelle, jusqu’à obtenir la charge d’orateur de l’empereur (il écrit ses discours) et la chaire de rhétorique de la capitale, Milan. À la veille de sa conversion, il est en passe de devenir
gouverneur d’une des provinces de l’Empire. « Son plus grand péché, assurait Lucien Jerphagnon, ce n’est pas la débauche comme on le dit trop souvent, c’est son ambition démesurée, une course aux honneurs. »
À 16 ans, ébloui par la lecture de Cicéron, il avait décidé d’adopter l’idéal de vie stoïcien : la sagesse, qui suppose le détachement des biens, des honneurs, des appétits charnels. Or il vivait en couple avec une femme, dont il avait déjà un fils. Une quête de quinze années commence alors : il passe neuf ans adepte de la religion manichéenne, traverse une courte période de scepticisme, découvre les néoplatoniciens, dont certains sont chrétiens. Jusqu’à la rencontre décisive avec Ambroise, évêque de Milan, dont les sermons le persuadent que le christianisme est la voie à suivre.
La mère d’Augustin est chrétienne. Mais une première approche de la Bible l’a arrêté : « Trop de meurtres, d’incestes, d’horreurs dans la Genèse et l’Exode », explique le père Salin. C’est la lecture de saint Jean et surtout de saint Paul qui achève de le retourner. Un jour d’août 386, raconte-t-il dans le livre VIII, il vit un moment de crise. Il entend alors une voix lui dire : « Prends et lis. » Il y reconnaît une invitation de Dieu à ouvrir les lettres de Paul qu’il avait devant lui et lit : « Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ et ne pourvoyez pas à la convoitise de la chair » (Rm 13, 14).
Alors qu’il se croyait incapable de renoncer aux honneurs et aux femmes, « il s’est découvert pardonné par le Christ », explique Dominique Salin. Il a déjà démissionné de ses hautes fonctions et renvoyé sa compagne. « Curieusement, bien qu’il ait un fils, Augustin ne s’est pas projeté en père de famille chrétien, mais en moine », note le théologien. Baptisé à 32 ans, il retourne en Afrique. La sérénité d’une vie de moine ne lui sera pas accordée : l’évêque d’Hippone repère en lui l’homme providentiel qui pourrait lui succéder, et l’ordonne prêtre presque malgré lui. Il sera évêque cinq ans plus tard.
Pourquoi lire aujourd’hui les Confessions d’Augustin ?
« Il pensait, expliquait Lucien Jerphagnon, que le monde est plein d’autres Augustin en puissance, à qui devrait échoir comme à lui cette grâce extraordinaire de se découvrir et de découvrir Dieu en même temps, même s’ils avaient fait les pires âneries. » Pour Isabelle Bochet, en effet, « chaque lecteur peut s’identifier à Augustin et se reconnaître dans sa quête, dans ses erreurs, ses doutes, ses questions… Son expérience a une dimension universelle ».
Les Confessions d’Augustin enseignent que c’est en trouvant Dieu que l’on se trouve soi-même, ce qui pourrait intéresser la quête de soi contemporaine. Il montre à ses lecteurs, assure Isabelle Bochet, que « la relation à Dieu nous constitue comme hommes. Dieu n’est pas celui qui m’enlève la liberté, mais celui qui me la donne ». Pour le père Salin, « faisant retour sur sa vie avec une honnêteté et une franchise extraordinaires, Augustin est le prototype de l’homme occidental, à qui Dieu permet de se tenir devant lui en disant “je” sur quatre cents pages ».
Publié le 13 janvier 2026
Saint Augustin
extraits d’un article de Christel Juquois dans La Croix du 09 janvier 2026
Le pape Léon XIV cite saint Augustin dans presque toutes ses homélies. La Croix propose une série sur six grandes œuvres de ce prestigieux Père de l’Église. Cette semaine, les Confessions nous mènent à la découverte de sa vie et de son chemin de conversion.
De quoi parlent les Confessions ?
Les Confessions sont une autobiographie d’Augustin, un genre littéraire inédit à une époque où l’on ne parlait pas de soi. L’auteur y relit sa vie dans les neuf premiers livres, depuis sa petite enfance jusqu’à sa conversion et son baptême. Les quatre derniers répondent, dix ans après sa conversion, aux interrogations philosophiques et théologiques qui l’avaient tourmenté.
Sa réflexion sur sa propre histoire est animée par deux grandes questions : qui est Dieu, et d’où vient le mal ? Il analyse les mécanismes intérieurs qui poussent au mal, racontant notamment un vol de poires commis dans sa jeunesse pour le simple plaisir de la transgression (II, 4). Il avoue son attrait pour les honneurs et sa difficulté à se passer d’une femme dans sa vie. « Il ne le fait pas pour étaler son ego », expliquait Lucien Jerphagnon (1) dans une émission sur France Culture peu de temps avant sa mort en 2011. « Il vise trois choses : confesser sa foi en la gloire de Dieu, confesser qu’il n’en était pas digne et faire des aveux. »
Pour Isabelle Bochet (2), les Confessions sont « le récit qu’Augustin fait de son propre itinéraire, à la lumière de l’Écriture et de ce qu’il a compris de Dieu et de la foi chrétienne ». En réalité, « le héros de l’histoire, ce n’est pas Augustin, c’est Dieu, explique le père Dominique Salin (3). Les Confessions retracent l’histoire de l’action de Dieu, de la grâce, dans sa vie. » Une histoire de libération du mal et du péché qui le mène à la louange : « L’homme veut vous louer, lui, part médiocre de votre création » (Confessions I, 1).
Que dit Augustin de son itinéraire ?
Né d’une famille modeste dans un petit village de l’actuelle Kabylie (Algérie), Augustin, comme la plupart des enfants mâles, n’a pas été baptisé à sa naissance. À l’école, c’est un petit prodige. Un mécène financera ses études supérieures à Carthage. Le jeune homme fera une carrière exceptionnelle, jusqu’à obtenir la charge d’orateur de l’empereur (il écrit ses discours) et la chaire de rhétorique de la capitale, Milan. À la veille de sa conversion, il est en passe de devenir
gouverneur d’une des provinces de l’Empire. « Son plus grand péché, assurait Lucien Jerphagnon, ce n’est pas la débauche comme on le dit trop souvent, c’est son ambition démesurée, une course aux honneurs. »
À 16 ans, ébloui par la lecture de Cicéron, il avait décidé d’adopter l’idéal de vie stoïcien : la sagesse, qui suppose le détachement des biens, des honneurs, des appétits charnels. Or il vivait en couple avec une femme, dont il avait déjà un fils. Une quête de quinze années commence alors : il passe neuf ans adepte de la religion manichéenne, traverse une courte période de scepticisme, découvre les néoplatoniciens, dont certains sont chrétiens. Jusqu’à la rencontre décisive avec Ambroise, évêque de Milan, dont les sermons le persuadent que le christianisme est la voie à suivre.
La mère d’Augustin est chrétienne. Mais une première approche de la Bible l’a arrêté : « Trop de meurtres, d’incestes, d’horreurs dans la Genèse et l’Exode », explique le père Salin. C’est la lecture de saint Jean et surtout de saint Paul qui achève de le retourner. Un jour d’août 386, raconte-t-il dans le livre VIII, il vit un moment de crise. Il entend alors une voix lui dire : « Prends et lis. » Il y reconnaît une invitation de Dieu à ouvrir les lettres de Paul qu’il avait devant lui et lit : « Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ et ne pourvoyez pas à la convoitise de la chair » (Rm 13, 14).
Alors qu’il se croyait incapable de renoncer aux honneurs et aux femmes, « il s’est découvert pardonné par le Christ », explique Dominique Salin. Il a déjà démissionné de ses hautes fonctions et renvoyé sa compagne. « Curieusement, bien qu’il ait un fils, Augustin ne s’est pas projeté en père de famille chrétien, mais en moine », note le théologien. Baptisé à 32 ans, il retourne en Afrique. La sérénité d’une vie de moine ne lui sera pas accordée : l’évêque d’Hippone repère en lui l’homme providentiel qui pourrait lui succéder, et l’ordonne prêtre presque malgré lui. Il sera évêque cinq ans plus tard.
Pourquoi lire aujourd’hui les Confessions d’Augustin ?
« Il pensait, expliquait Lucien Jerphagnon, que le monde est plein d’autres Augustin en puissance, à qui devrait échoir comme à lui cette grâce extraordinaire de se découvrir et de découvrir Dieu en même temps, même s’ils avaient fait les pires âneries. » Pour Isabelle Bochet, en effet, « chaque lecteur peut s’identifier à Augustin et se reconnaître dans sa quête, dans ses erreurs, ses doutes, ses questions… Son expérience a une dimension universelle ».
Les Confessions d’Augustin enseignent que c’est en trouvant Dieu que l’on se trouve soi-même, ce qui pourrait intéresser la quête de soi contemporaine. Il montre à ses lecteurs, assure Isabelle Bochet, que « la relation à Dieu nous constitue comme hommes. Dieu n’est pas celui qui m’enlève la liberté, mais celui qui me la donne ». Pour le père Salin, « faisant retour sur sa vie avec une honnêteté et une franchise extraordinaires, Augustin est le prototype de l’homme occidental, à qui Dieu permet de se tenir devant lui en disant “je” sur quatre cents pages ».
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Publié le 13 janvier 2026