Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’agneau
Depuis la parution de la nouvelle traduction du Missel romain en décembre dernier, les catholiques découvrent cette expression qui modifie l’invitatoire à la communion.
D’où vient cette formule liturgique ?
Depuis la parution de la nouvelle traduction du Missel romain au début de l’Avent 2021, prêtres et fidèles découvrent un nouvel invitatoire à la communion : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau. » Cette longue formule juxtapose deux citations du Nouveau Testament. La première, tirée de l’Évangile selon saint Jean (1, 29), est la parole de Jean le Baptiste lorsque Jésus vient vers lui. Insérée dans l’histoire terrestre du Christ, il s’agit d’une parole prophétique qui porte sur son identité divine. En effet, seul Dieu peut pardonner les péchés. « Cette parole du Baptiste souligne la portée salvifique de l’Eucharistie, explique le frère Patrick Prétot, professeur à l’Institut catholique de Paris. Le canon 1743 du concile de Trente l’exprime avec force : “(Dans le sacrifice eucharistique), le Seigneur (…) remet les crimes et les péchés, même ceux qui sont énormes.” »
La deuxième citation, « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! », provient du Livre de l’Apocalypse (19, 9). Son propos s’inscrit dans une ample vision de l’achèvement du projet de Dieu vainqueur du mal. L’Apocalypse utilise l’image des noces de l’agneau, représentant le Christ, et la « foule immense » (Ap 19, 6) de ceux qui l’ont suivi. L’emploi de ce verset de l’Apocalypse rappelle que, « dans la liturgie terrestre, nous participons comme un avant-goût à cette liturgie céleste » (1).
Quelle est l’origine biblique du thème de l’agneau et des noces ?
Les thèmes de l’Agneau et des noces proviennent de l’Ancien Testament, rappelle le père Jacques Descreux, doyen de l’Université catholique de Lyon. Celui de l’Agneau s’enracine dans plusieurs traditions. Il fait référence à l’agneau sacrifié par les Hébreux lors de la Pâque, avant de quitter l’Égypte, raconté au chapitre 12 de l’Exode. Consommé en famille ou avec les proches, selon l’ordre de Dieu transmis par Moïse, il s’agit d’un sacrifice de communion avec Dieu et entre les hommes que les juifs continuent de célébrer à chaque fête de la Pâque.
L’Agneau évoque également les sacrifices du matin et du soir au temple de Jérusalem, tel que le Livre de l’Exode le décrit au chapitre 29. « Ces sacrifices quotidiens étaient considérés comme des sacrifices propitiatoires. Ils étaient destinés à rendre Dieu favorable », ajoute Jacques Descreux.
Le thème prend un sens nouveau avec le chapitre 53 du Livre d’Isaïe qui identifie l’envoyé de Dieu à « l’agneau maltraité, qui s’humilie, n’ouvrant pas la bouche, conduit à l’abattoir (…) chargé des fautes de la multitude ». Dès lors, l’Agneau n’est plus seulement l’animal sacrifié, mais une façon de parler du messie que Dieu enverra.
Le thème des noces émerge surtout dans les livres prophétiques d’Osée, de Jérémie et d’Isaïe. Il renouvelle la manière de parler de l’Alliance de Dieu avec son peuple. Reposant sur le respect de la loi de Moïse, elle est désormais comprise de façon plus relationnelle, basée sur l’amour et la fidélité.
Comment le Nouveau Testament renouvelle-t-il ces thèmes ?
Le père Descreux rappelle le contexte de l’Église naissante : « Les premiers chrétiens se sont mis à fouiller dans l’Ancien Testament pour donner sens à la mort de Jésus. » Les figures de l’Agneau et de l’Époux ont alors semblé les plus adaptées pour décrire l’identité du Christ. Pourtant, les deux thèmes, le sacrifice sanglant et la joie des noces, semblent contradictoires. L’Agneau devient la principale façon de désigner le Christ. Pour Patrick Prétot, « dans la foi, Il est l’Agneau immolé sur la croix aux jours de la Pâque, en sacrifice pour les péchés et en sacrifice de communion ».
À la suite des prophètes, Jésus recourt souvent au thème des noces, dans les paraboles notamment. Par ailleurs, les Évangiles témoignent de l’importance pour lui de la réalité du repas comme espace de convivialité. Jean situe le premier signe de Jésus lors de noces, à Cana. C’est en puisant à différentes sources dans l’Ancien Testament que les premiers chrétiens parviennent à exprimer le mystère pascal. Ils désignent Jésus comme l’ultime victime sanglante, ultime agneau sacrifié, mais aussi comme celui qui traverse la mort, époux de son peuple vivant à jamais. « En Jésus, l’Agneau sacrifié n’est pas un agneau mort, mais un agneau glorieux », rappelle Jacques Descreux.
Pourquoi parler de repas des noces de l’Agneau pour désigner l’Eucharistie ?
« Notre Sauveur, à la dernière Cène, (…) institua le sacrifice eucharistique de son corps et de son sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection (…) » (2). Cette définition de l’Eucharistie donnée par le concile Vatican II articule son institution au cours de la Cène et le sacrifice du Christ sur la Croix, en vue du Salut. L’expression « repas des noces de l’Agneau » rend bien compte de ce triple enracinement : l’eucharistie est un repas au cours duquel les fidèles mangent, et l’agneau mangé est le Christ lui-même, offert en sacrifice sur la croix pour le Salut des péchés.
La précédente traduction du Missel romain avait préféré l’expression « repas du Seigneur ». Celle-ci évoquait plutôt le moment historique du dernier repas de Jésus. La nouvelle traduction permet de mieux rendre compte du repas eucharistique institué par le Christ au soir du Jeudi saint comme anticipation du repas eschatologique, des noces du Christ et de l’Église dans la vie éternelle. Jacques Descreux souligne que cet invitatoire exprime mieux la dimension d’anamnèse de l’Eucharistie, enracinée dans le passé, vivante aujourd’hui et orientée vers le Salut. Sa proclamation invite les fidèles qui vont communier au corps du Christ à réaliser sa présence sacramentelle, le Salut offert sur la croix et l’avenir glorieux qui leur est promis avec Lui.
Évangile (Jn 1, 29-34)
En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.” Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Autres lectures : Is 49, 3.5-6 ; Ps 39 (40) ; 1 Co 1, 1-3
L’Agneau et le péché
Au moment où Jésus apparaît dans le récit johannique, Jean Baptiste, le voyant venir à lui, le désigne aussitôt comme « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». L’expression « Agneau de Dieu » ne se trouve dans la Bible qu’ici et quelques versets plus loin. Comme le doigt du Baptiste sur le retable d’Issenheim, ces mots du début de l’Évangile nous orientent déjà vers le Crucifié : Jésus sera immolé le jour de la préparation de la Pâque, à l’heure où on sacrifiait les agneaux. L’expression rappelle donc l’agneau pascal de l’Exode, dont le sang, marquant les montants de la porte de chaque maison des Hébreux, protégea ceux-ci la nuit de leur délivrance. Mais elle évoque aussi le Serviteur souffrant, qu’annonce le prophète Isaïe, mené à la boucherie, tel un agneau, à cause des péchés de son peuple. Dans la formule « qui enlève le péché », le verbe signifie à la fois « prendre sur soi » et « supprimer ». La rédemption ne se fait que par la solidarité du Fils de Dieu, Agneau de Dieu désarmé, qui prend sur lui le mal déferlant sur le monde. Mystère d’amour que nous chantons à chaque messe dans le Gloria et avant la communion.
La connaissance et le témoignage
« Je ne le connaissais pas », déclare par deux fois Jean Baptiste dans les six versets évangéliques de ce dimanche. Cela peut nous étonner, car la tradition de Luc dit qu’il était le cousin de Jésus. Mais Jean parle à un autre niveau. La connaissance est un thème majeur de son Évangile comme de sa première Lettre. Il oppose régulièrement le savoir des hommes et la vraie connaissance qui vient de Dieu. Les contemporains de Jésus savent qui il est : il vient de Nazareth, ils connaissent sa parenté, ils ont vu ou entendu parler des signes qu’il fait. Mais en vérité ils ne savent pas d’où il vient réellement, ils ne connaissent pas son Père et ils ne savent pas interpréter les signes qu’il fait. La connaissance, en effet, ne vient que par la foi en la révélation portée par le Fils bien-aimé dans l’humilité de son incarnation. Lui, qui était dans le sein du Père, nous Le fait connaître : qui le voit, voit le Père !
Tout cela, même un bon catéchisme ne nous le donne qu’imparfaitement. De même que Jean Baptiste a reçu la révélation du Père pour comprendre ce qu’il a vu au baptême de Jésus – l’Esprit qui descend et demeure sur lui –, de même chaque croyant est sans cesse invité à passer de ce qu’il « sait » sur le Christ et sur Dieu à une connaissance qui vient de l’écoute : écoute du témoignage des Écritures, écoute de l’Esprit qui parle au cœur, écoute du témoignage des croyants.
Cette connaissance authentique suppose aussi un engagement dans l’amour, car « quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu », nous dit saint Jean. Connaître, c’est donc un processus dynamique à entreprendre sans cesse pour devenir qui nous sommes. Il s’agit bien d’éclore à une vérité autre, de con-naître, comme fils ou filles, dans le Fils. Nous devenons alors relais vivants dans la chaîne de témoignages qui, de génération en génération, révèlent au monde le véritable visage de Dieu.
Bénédicte Rollin, religieuse de l’Assomption résidant à Vilnius (Lituanie)
In La Croix du 16 janvier 2026
Publié le 17 janvier 2026
Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’agneau
Depuis la parution de la nouvelle traduction du Missel romain en décembre dernier, les catholiques découvrent cette expression qui modifie l’invitatoire à la communion.
D’où vient cette formule liturgique ?
Depuis la parution de la nouvelle traduction du Missel romain au début de l’Avent 2021, prêtres et fidèles découvrent un nouvel invitatoire à la communion : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau. » Cette longue formule juxtapose deux citations du Nouveau Testament. La première, tirée de l’Évangile selon saint Jean (1, 29), est la parole de Jean le Baptiste lorsque Jésus vient vers lui. Insérée dans l’histoire terrestre du Christ, il s’agit d’une parole prophétique qui porte sur son identité divine. En effet, seul Dieu peut pardonner les péchés. « Cette parole du Baptiste souligne la portée salvifique de l’Eucharistie, explique le frère Patrick Prétot, professeur à l’Institut catholique de Paris. Le canon 1743 du concile de Trente l’exprime avec force : “(Dans le sacrifice eucharistique), le Seigneur (…) remet les crimes et les péchés, même ceux qui sont énormes.” »
La deuxième citation, « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! », provient du Livre de l’Apocalypse (19, 9). Son propos s’inscrit dans une ample vision de l’achèvement du projet de Dieu vainqueur du mal. L’Apocalypse utilise l’image des noces de l’agneau, représentant le Christ, et la « foule immense » (Ap 19, 6) de ceux qui l’ont suivi. L’emploi de ce verset de l’Apocalypse rappelle que, « dans la liturgie terrestre, nous participons comme un avant-goût à cette liturgie céleste » (1).
Quelle est l’origine biblique du thème de l’agneau et des noces ?
Les thèmes de l’Agneau et des noces proviennent de l’Ancien Testament, rappelle le père Jacques Descreux, doyen de l’Université catholique de Lyon. Celui de l’Agneau s’enracine dans plusieurs traditions. Il fait référence à l’agneau sacrifié par les Hébreux lors de la Pâque, avant de quitter l’Égypte, raconté au chapitre 12 de l’Exode. Consommé en famille ou avec les proches, selon l’ordre de Dieu transmis par Moïse, il s’agit d’un sacrifice de communion avec Dieu et entre les hommes que les juifs continuent de célébrer à chaque fête de la Pâque.
L’Agneau évoque également les sacrifices du matin et du soir au temple de Jérusalem, tel que le Livre de l’Exode le décrit au chapitre 29. « Ces sacrifices quotidiens étaient considérés comme des sacrifices propitiatoires. Ils étaient destinés à rendre Dieu favorable », ajoute Jacques Descreux.
Le thème prend un sens nouveau avec le chapitre 53 du Livre d’Isaïe qui identifie l’envoyé de Dieu à « l’agneau maltraité, qui s’humilie, n’ouvrant pas la bouche, conduit à l’abattoir (…) chargé des fautes de la multitude ». Dès lors, l’Agneau n’est plus seulement l’animal sacrifié, mais une façon de parler du messie que Dieu enverra.
Le thème des noces émerge surtout dans les livres prophétiques d’Osée, de Jérémie et d’Isaïe. Il renouvelle la manière de parler de l’Alliance de Dieu avec son peuple. Reposant sur le respect de la loi de Moïse, elle est désormais comprise de façon plus relationnelle, basée sur l’amour et la fidélité.
Comment le Nouveau Testament renouvelle-t-il ces thèmes ?
Le père Descreux rappelle le contexte de l’Église naissante : « Les premiers chrétiens se sont mis à fouiller dans l’Ancien Testament pour donner sens à la mort de Jésus. » Les figures de l’Agneau et de l’Époux ont alors semblé les plus adaptées pour décrire l’identité du Christ. Pourtant, les deux thèmes, le sacrifice sanglant et la joie des noces, semblent contradictoires. L’Agneau devient la principale façon de désigner le Christ. Pour Patrick Prétot, « dans la foi, Il est l’Agneau immolé sur la croix aux jours de la Pâque, en sacrifice pour les péchés et en sacrifice de communion ».
À la suite des prophètes, Jésus recourt souvent au thème des noces, dans les paraboles notamment. Par ailleurs, les Évangiles témoignent de l’importance pour lui de la réalité du repas comme espace de convivialité. Jean situe le premier signe de Jésus lors de noces, à Cana. C’est en puisant à différentes sources dans l’Ancien Testament que les premiers chrétiens parviennent à exprimer le mystère pascal. Ils désignent Jésus comme l’ultime victime sanglante, ultime agneau sacrifié, mais aussi comme celui qui traverse la mort, époux de son peuple vivant à jamais. « En Jésus, l’Agneau sacrifié n’est pas un agneau mort, mais un agneau glorieux », rappelle Jacques Descreux.
Pourquoi parler de repas des noces de l’Agneau pour désigner l’Eucharistie ?
« Notre Sauveur, à la dernière Cène, (…) institua le sacrifice eucharistique de son corps et de son sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection (…) » (2). Cette définition de l’Eucharistie donnée par le concile Vatican II articule son institution au cours de la Cène et le sacrifice du Christ sur la Croix, en vue du Salut. L’expression « repas des noces de l’Agneau » rend bien compte de ce triple enracinement : l’eucharistie est un repas au cours duquel les fidèles mangent, et l’agneau mangé est le Christ lui-même, offert en sacrifice sur la croix pour le Salut des péchés.
La précédente traduction du Missel romain avait préféré l’expression « repas du Seigneur ». Celle-ci évoquait plutôt le moment historique du dernier repas de Jésus. La nouvelle traduction permet de mieux rendre compte du repas eucharistique institué par le Christ au soir du Jeudi saint comme anticipation du repas eschatologique, des noces du Christ et de l’Église dans la vie éternelle. Jacques Descreux souligne que cet invitatoire exprime mieux la dimension d’anamnèse de l’Eucharistie, enracinée dans le passé, vivante aujourd’hui et orientée vers le Salut. Sa proclamation invite les fidèles qui vont communier au corps du Christ à réaliser sa présence sacramentelle, le Salut offert sur la croix et l’avenir glorieux qui leur est promis avec Lui.
Évangile (Jn 1, 29-34)
En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.” Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Autres lectures : Is 49, 3.5-6 ; Ps 39 (40) ; 1 Co 1, 1-3
L’Agneau et le péché
Au moment où Jésus apparaît dans le récit johannique, Jean Baptiste, le voyant venir à lui, le désigne aussitôt comme « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». L’expression « Agneau de Dieu » ne se trouve dans la Bible qu’ici et quelques versets plus loin. Comme le doigt du Baptiste sur le retable d’Issenheim, ces mots du début de l’Évangile nous orientent déjà vers le Crucifié : Jésus sera immolé le jour de la préparation de la Pâque, à l’heure où on sacrifiait les agneaux. L’expression rappelle donc l’agneau pascal de l’Exode, dont le sang, marquant les montants de la porte de chaque maison des Hébreux, protégea ceux-ci la nuit de leur délivrance. Mais elle évoque aussi le Serviteur souffrant, qu’annonce le prophète Isaïe, mené à la boucherie, tel un agneau, à cause des péchés de son peuple. Dans la formule « qui enlève le péché », le verbe signifie à la fois « prendre sur soi » et « supprimer ». La rédemption ne se fait que par la solidarité du Fils de Dieu, Agneau de Dieu désarmé, qui prend sur lui le mal déferlant sur le monde. Mystère d’amour que nous chantons à chaque messe dans le Gloria et avant la communion.
La connaissance et le témoignage
« Je ne le connaissais pas », déclare par deux fois Jean Baptiste dans les six versets évangéliques de ce dimanche. Cela peut nous étonner, car la tradition de Luc dit qu’il était le cousin de Jésus. Mais Jean parle à un autre niveau. La connaissance est un thème majeur de son Évangile comme de sa première Lettre. Il oppose régulièrement le savoir des hommes et la vraie connaissance qui vient de Dieu. Les contemporains de Jésus savent qui il est : il vient de Nazareth, ils connaissent sa parenté, ils ont vu ou entendu parler des signes qu’il fait. Mais en vérité ils ne savent pas d’où il vient réellement, ils ne connaissent pas son Père et ils ne savent pas interpréter les signes qu’il fait. La connaissance, en effet, ne vient que par la foi en la révélation portée par le Fils bien-aimé dans l’humilité de son incarnation. Lui, qui était dans le sein du Père, nous Le fait connaître : qui le voit, voit le Père !
Tout cela, même un bon catéchisme ne nous le donne qu’imparfaitement. De même que Jean Baptiste a reçu la révélation du Père pour comprendre ce qu’il a vu au baptême de Jésus – l’Esprit qui descend et demeure sur lui –, de même chaque croyant est sans cesse invité à passer de ce qu’il « sait » sur le Christ et sur Dieu à une connaissance qui vient de l’écoute : écoute du témoignage des Écritures, écoute de l’Esprit qui parle au cœur, écoute du témoignage des croyants.
Cette connaissance authentique suppose aussi un engagement dans l’amour, car « quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu », nous dit saint Jean. Connaître, c’est donc un processus dynamique à entreprendre sans cesse pour devenir qui nous sommes. Il s’agit bien d’éclore à une vérité autre, de con-naître, comme fils ou filles, dans le Fils. Nous devenons alors relais vivants dans la chaîne de témoignages qui, de génération en génération, révèlent au monde le véritable visage de Dieu.
Bénédicte Rollin, religieuse de l’Assomption résidant à Vilnius (Lituanie)
In La Croix du 16 janvier 2026
Publié le 17 janvier 2026
Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’agneau
Depuis la parution de la nouvelle traduction du Missel romain en décembre dernier, les catholiques découvrent cette expression qui modifie l’invitatoire à la communion.
D’où vient cette formule liturgique ?
Depuis la parution de la nouvelle traduction du Missel romain au début de l’Avent 2021, prêtres et fidèles découvrent un nouvel invitatoire à la communion : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau. » Cette longue formule juxtapose deux citations du Nouveau Testament. La première, tirée de l’Évangile selon saint Jean (1, 29), est la parole de Jean le Baptiste lorsque Jésus vient vers lui. Insérée dans l’histoire terrestre du Christ, il s’agit d’une parole prophétique qui porte sur son identité divine. En effet, seul Dieu peut pardonner les péchés. « Cette parole du Baptiste souligne la portée salvifique de l’Eucharistie, explique le frère Patrick Prétot, professeur à l’Institut catholique de Paris. Le canon 1743 du concile de Trente l’exprime avec force : “(Dans le sacrifice eucharistique), le Seigneur (…) remet les crimes et les péchés, même ceux qui sont énormes.” »
La deuxième citation, « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! », provient du Livre de l’Apocalypse (19, 9). Son propos s’inscrit dans une ample vision de l’achèvement du projet de Dieu vainqueur du mal. L’Apocalypse utilise l’image des noces de l’agneau, représentant le Christ, et la « foule immense » (Ap 19, 6) de ceux qui l’ont suivi. L’emploi de ce verset de l’Apocalypse rappelle que, « dans la liturgie terrestre, nous participons comme un avant-goût à cette liturgie céleste » (1).
Quelle est l’origine biblique du thème de l’agneau et des noces ?
Les thèmes de l’Agneau et des noces proviennent de l’Ancien Testament, rappelle le père Jacques Descreux, doyen de l’Université catholique de Lyon. Celui de l’Agneau s’enracine dans plusieurs traditions. Il fait référence à l’agneau sacrifié par les Hébreux lors de la Pâque, avant de quitter l’Égypte, raconté au chapitre 12 de l’Exode. Consommé en famille ou avec les proches, selon l’ordre de Dieu transmis par Moïse, il s’agit d’un sacrifice de communion avec Dieu et entre les hommes que les juifs continuent de célébrer à chaque fête de la Pâque.
L’Agneau évoque également les sacrifices du matin et du soir au temple de Jérusalem, tel que le Livre de l’Exode le décrit au chapitre 29. « Ces sacrifices quotidiens étaient considérés comme des sacrifices propitiatoires. Ils étaient destinés à rendre Dieu favorable », ajoute Jacques Descreux.
Le thème prend un sens nouveau avec le chapitre 53 du Livre d’Isaïe qui identifie l’envoyé de Dieu à « l’agneau maltraité, qui s’humilie, n’ouvrant pas la bouche, conduit à l’abattoir (…) chargé des fautes de la multitude ». Dès lors, l’Agneau n’est plus seulement l’animal sacrifié, mais une façon de parler du messie que Dieu enverra.
Le thème des noces émerge surtout dans les livres prophétiques d’Osée, de Jérémie et d’Isaïe. Il renouvelle la manière de parler de l’Alliance de Dieu avec son peuple. Reposant sur le respect de la loi de Moïse, elle est désormais comprise de façon plus relationnelle, basée sur l’amour et la fidélité.
Comment le Nouveau Testament renouvelle-t-il ces thèmes ?
Le père Descreux rappelle le contexte de l’Église naissante : « Les premiers chrétiens se sont mis à fouiller dans l’Ancien Testament pour donner sens à la mort de Jésus. » Les figures de l’Agneau et de l’Époux ont alors semblé les plus adaptées pour décrire l’identité du Christ. Pourtant, les deux thèmes, le sacrifice sanglant et la joie des noces, semblent contradictoires. L’Agneau devient la principale façon de désigner le Christ. Pour Patrick Prétot, « dans la foi, Il est l’Agneau immolé sur la croix aux jours de la Pâque, en sacrifice pour les péchés et en sacrifice de communion ».
À la suite des prophètes, Jésus recourt souvent au thème des noces, dans les paraboles notamment. Par ailleurs, les Évangiles témoignent de l’importance pour lui de la réalité du repas comme espace de convivialité. Jean situe le premier signe de Jésus lors de noces, à Cana. C’est en puisant à différentes sources dans l’Ancien Testament que les premiers chrétiens parviennent à exprimer le mystère pascal. Ils désignent Jésus comme l’ultime victime sanglante, ultime agneau sacrifié, mais aussi comme celui qui traverse la mort, époux de son peuple vivant à jamais. « En Jésus, l’Agneau sacrifié n’est pas un agneau mort, mais un agneau glorieux », rappelle Jacques Descreux.
Pourquoi parler de repas des noces de l’Agneau pour désigner l’Eucharistie ?
« Notre Sauveur, à la dernière Cène, (…) institua le sacrifice eucharistique de son corps et de son sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection (…) » (2). Cette définition de l’Eucharistie donnée par le concile Vatican II articule son institution au cours de la Cène et le sacrifice du Christ sur la Croix, en vue du Salut. L’expression « repas des noces de l’Agneau » rend bien compte de ce triple enracinement : l’eucharistie est un repas au cours duquel les fidèles mangent, et l’agneau mangé est le Christ lui-même, offert en sacrifice sur la croix pour le Salut des péchés.
La précédente traduction du Missel romain avait préféré l’expression « repas du Seigneur ». Celle-ci évoquait plutôt le moment historique du dernier repas de Jésus. La nouvelle traduction permet de mieux rendre compte du repas eucharistique institué par le Christ au soir du Jeudi saint comme anticipation du repas eschatologique, des noces du Christ et de l’Église dans la vie éternelle. Jacques Descreux souligne que cet invitatoire exprime mieux la dimension d’anamnèse de l’Eucharistie, enracinée dans le passé, vivante aujourd’hui et orientée vers le Salut. Sa proclamation invite les fidèles qui vont communier au corps du Christ à réaliser sa présence sacramentelle, le Salut offert sur la croix et l’avenir glorieux qui leur est promis avec Lui.
Évangile (Jn 1, 29-34)
En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.” Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Autres lectures : Is 49, 3.5-6 ; Ps 39 (40) ; 1 Co 1, 1-3
L’Agneau et le péché
Au moment où Jésus apparaît dans le récit johannique, Jean Baptiste, le voyant venir à lui, le désigne aussitôt comme « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». L’expression « Agneau de Dieu » ne se trouve dans la Bible qu’ici et quelques versets plus loin. Comme le doigt du Baptiste sur le retable d’Issenheim, ces mots du début de l’Évangile nous orientent déjà vers le Crucifié : Jésus sera immolé le jour de la préparation de la Pâque, à l’heure où on sacrifiait les agneaux. L’expression rappelle donc l’agneau pascal de l’Exode, dont le sang, marquant les montants de la porte de chaque maison des Hébreux, protégea ceux-ci la nuit de leur délivrance. Mais elle évoque aussi le Serviteur souffrant, qu’annonce le prophète Isaïe, mené à la boucherie, tel un agneau, à cause des péchés de son peuple. Dans la formule « qui enlève le péché », le verbe signifie à la fois « prendre sur soi » et « supprimer ». La rédemption ne se fait que par la solidarité du Fils de Dieu, Agneau de Dieu désarmé, qui prend sur lui le mal déferlant sur le monde. Mystère d’amour que nous chantons à chaque messe dans le Gloria et avant la communion.
La connaissance et le témoignage
« Je ne le connaissais pas », déclare par deux fois Jean Baptiste dans les six versets évangéliques de ce dimanche. Cela peut nous étonner, car la tradition de Luc dit qu’il était le cousin de Jésus. Mais Jean parle à un autre niveau. La connaissance est un thème majeur de son Évangile comme de sa première Lettre. Il oppose régulièrement le savoir des hommes et la vraie connaissance qui vient de Dieu. Les contemporains de Jésus savent qui il est : il vient de Nazareth, ils connaissent sa parenté, ils ont vu ou entendu parler des signes qu’il fait. Mais en vérité ils ne savent pas d’où il vient réellement, ils ne connaissent pas son Père et ils ne savent pas interpréter les signes qu’il fait. La connaissance, en effet, ne vient que par la foi en la révélation portée par le Fils bien-aimé dans l’humilité de son incarnation. Lui, qui était dans le sein du Père, nous Le fait connaître : qui le voit, voit le Père !
Tout cela, même un bon catéchisme ne nous le donne qu’imparfaitement. De même que Jean Baptiste a reçu la révélation du Père pour comprendre ce qu’il a vu au baptême de Jésus – l’Esprit qui descend et demeure sur lui –, de même chaque croyant est sans cesse invité à passer de ce qu’il « sait » sur le Christ et sur Dieu à une connaissance qui vient de l’écoute : écoute du témoignage des Écritures, écoute de l’Esprit qui parle au cœur, écoute du témoignage des croyants.
Cette connaissance authentique suppose aussi un engagement dans l’amour, car « quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu », nous dit saint Jean. Connaître, c’est donc un processus dynamique à entreprendre sans cesse pour devenir qui nous sommes. Il s’agit bien d’éclore à une vérité autre, de con-naître, comme fils ou filles, dans le Fils. Nous devenons alors relais vivants dans la chaîne de témoignages qui, de génération en génération, révèlent au monde le véritable visage de Dieu.
Bénédicte Rollin, religieuse de l’Assomption résidant à Vilnius (Lituanie)
In La Croix du 16 janvier 2026
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Publié le 17 janvier 2026