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Aller au désert

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Dans la religion catholique, le désert est un symbole spirituel majeur. Il désigne à la fois un lieu géographique réel et une réalité intérieure ou existentielle.

Ce symbole trouve son origine dans l’ancien testament.

Le désert est le lieu où Dieu nous conduit, le lieu où il nous parle.

Dans la vie du chrétien, le désert n’est pas un accident ou une punition, mais un lieu de transformation spirituelle. Inspiré de la Bible (les 40 ans d’Israël ou les 40 jours de Jésus au désert), il symbolise à la fois l’épreuve et l’intimité avec Dieu.

  1. Un lieu d’épreuve et de dépouillement
  • L’aridité et le silence : Le désert représente les moments de sécheresse intérieure, les doutes, les épreuves (maladie, deuil, solitude) où les sécurités humaines disparaissent.
  • L’affinement de la foi : C’est là que l’on découvre ce qui soutient réellement notre vie : « L’homme ne vit pas de pain seulement ».
  • Le combat spirituel : À l’image du Christ tenté par le diable au désert, c’est un espace où l’on affronte nos faiblesses, nos orgueils et nos faux besoins.

Dans la tradition juive et la Torah, le désert (Midbar, מדبر, dont la racine hébraïque évoque aussi la parole) revêt une forte charge symbolique et une profonde ambivalence.

  1. Le lieu du don de la Torah et de l’humilité
  • Un espace sans maître : Le désert est une terre qui n’appartient à personne. En y donnant la Torah, Dieu indique que celle-ci n’est l’apanage d’aucun pays, d’aucune classe sociale ou d’aucun groupe privilégié ; elle est ouverte et accessible à tous.
  • L’effacement de l’ego : D’après le Midrash (Bamidbar Rabba), celui qui veut recevoir la Torah doit être comme le désert — c’est-à-dire libre, ouvert, dépouillé de son orgueil et prêt à écouter (« comme un désert foulé au pied par tous »)

     Le silence propice à la parole divine : Pour le rabbin Haïm Korsia, le désert est le lieu du silence où la voix de Dieu peut résonner (Midbar / Dabar — la parole).

  1. Un espace d’ambivalence : épreuve et intimité
  • L’épreuve et l’errance : C’est le lieu de la traversée de 40 ans après la sortie d’Égypte, marqué par les doutes, les plaintes du peuple, la faim et la soif, mais aussi par l’apprentissage de la confiance en Dieu (symbolisé par la manne
  • Un moment d’intimité paradisiaque : Certains exégètes rabbiniques voient paradoxalement le désert comme une période d’âge d’or spirituel, une sorte de « période de fiançailles » entre Dieu et Israël, éloignée des soucis matériels de la sédentarité.

Un refuge : C’est aussi un lieu de protection et de mise à l’écart face au danger (comme le roi David fuyant Saül).

Dans le nouveau testament

  • Le jeûne de Jésus : Au début de son ministère, Jésus est poussé par l’Esprit Saint dans le désert où il jeûne pendant quarante jours et quarante nuits, affrontant et vainquant les tentations du diable. [1, 2, 3]

Les figures prophétiques : Des figures comme Jean-Baptiste prêchent et vivent dans le désert, qui devient le lieu par excellence de la conversion et de l’écoute de la Parole.

  1. La signification spirituelle
  • Un lieu de vérité et de dépouillement : Dans le silence et loin des distractions du monde, le croyant se dépouille du superflu pour faire face à sa propre fragilité et s’en remettre entièrement à Dieu.
  • Le combat spirituel : Le désert est le lieu de l’épreuve et de la tentation (pouvoir, autosuffisance, confort), mais c’est précisément là que se mesure la solidité de la foi et de l’amour pour Dieu.
  • Un temps de grâce et de rencontre : Comme le résume la tradition spirituelle (notamment à travers les Pères du désert ou des figures comme Charles de Foucauld), le désert est le lieu intime où Dieu « parle au cœur » de l’homme pour le transformer.
  1. La traduction liturgique : le Carême

Le temps du Carême (durant 40 jours avant Pâques) est l’actualisation liturgique de la traversée de Jésus au désert. Les catholiques sont invités à « entrer au désert » par la prière, le jeûne et le partage pour se convertir et se préparer à la Résurrection.

Les Pères du désert.

Les Pères du désert sont les pionniers de la vie monastique chrétienne. Aux IIIe et IVe siècles, fuyant l’agitation des villes, ces hommes (et quelques femmes, appelées les Mères du désert) se retirent dans les déserts d’Égypte, de Palestine et de Syrie pour y mener une vie d’ascèse et de prière.

Leur héritage, immense, a structuré toute la spiritualité de l’Église catholique.

  1. Le rôle historique : la naissance du monachisme
  • La fin des persécutions : En 313, l’édit de Milan pacifie l’Empire romain et le christianisme devient licite, puis religion d’État. Le martyre de sang disparaissant, le désert devient la nouvelle manière de donner radicalement sa vie à Dieu.
  • Antoine le Grand (l’ermite) : Considéré comme le père du monachisme, il choisit l’érémisme (la vie en solitaire). Son rayonnement attire des milliers de disciples au désert.
  • Pacôme le Grand (le cénobite) : Pour organiser la foule des disciples, il fonde le cénobitisme (la vie communautaire). Il rédige la première règle monastique, instaurant le travail partagé, l’obéissance à un supérieur et la prière commune.
  • La transmission par les écrits : Leurs paroles de sagesse ont été consignées dans les Apophtegmes des Pères du désert (ou Paroles des Anciens), un texte fondateur pour la littérature spirituelle mondiale.
  1. Le rôle spirituel : l’art du combat intérieur
  • La Hesychia (le silence de l’âme) : Le désert physique sert à acquérir un « désert intérieur ». Les Pères recherchent l’hésychia, un état de paix profonde, de silence et de vigilance face aux pensées parasites.
  • Le combat contre les vices : C’est au désert qu’Évagre le Pontique théorise les huit pensées mauvaises (qui deviendront plus tard les sept péchés capitaux). Les Pères apprennent à discerner l’origine de leurs pensées pour ne pas céder à la tentation.
  • La prière continuelle : Ils cherchent à obéir à l’exhortation de saint Paul de « prier sans cesse ». Cela donnera naissance à la prière du cœur (répétition rythmée du nom de Jésus), pilier de la méditation chrétienne.
  • La paternité spirituelle : Au désert, on ne s’improvise pas saint. Les novices se placent sous la direction d’un « Abba » (un Père) à qui ils confessent toutes leurs pensées secrètes pour recevoir conseil et guérison.
  1. Une influence durable
  • Les successeurs en Occident : Des figures comme saint Jérôme, saint Jean Cassien et plus tard saint Benoît se sont directement inspirés des Pères du désert pour rédiger leurs propres règles, façonnant ainsi toute l’Europe monastique médiévale.

Les principaux versets de la Bible sur le désert.

Exode 14 : 11-12

 Ils dirent à Moïse : « L’Égypte manquait-elle de tombeaux, pour que tu nous aies emmenés mourir dans le désert ? Quel mauvais service tu nous as rendu en nous faisant sortir d’Égypte !

C’est bien là ce que nous te disions en Égypte : “Ne t’occupe pas de nous, laisse-nous servir les Égyptiens. Il vaut mieux les servir que de mourir dans le désert !” »

 

Nombres 14 : 33-34

Vous avez exploré le pays pendant quarante jours, chaque jour vaudra une année : vous porterez donc le poids de vos fautes pendant quarante ans, et vous saurez ce qu’il en coûte d’encourir ma réprobation.”

Moi, le Seigneur, j’ai parlé. Oui, c’est ainsi que je traiterai cette communauté mauvaise liguée contre moi. Dans ce désert, tous finiront leur vie : là, ils mourront. »

 

Nombres 20 : 1-4

Le premier mois de l’année, toute la communauté des fils d’Israël arriva dans le désert de Cine. Le peuple s’établit à Cadès. C’est là que Miryam mourut et qu’elle fut enterrée.

Comme il n’y avait pas d’eau pour la communauté, ils se rassemblèrent contre Moïse et Aaron.

Le peuple chercha querelle à Moïse, en disant : « Ah ! si seulement nous avions expiré, quand nos frères ont expiré devant le Seigneur !

Pourquoi avoir amené l’assemblée du Seigneur dans ce désert où nous allons mourir, nous et nos bêtes ?

 

Nombres 21 : 5

Il récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! »

 

Deutéronome 1 : 31

Tu l’as vu aussi dans le désert : le Seigneur ton Dieu t’a porté, comme un homme porte son fils, tout au long de la route que vous avez parcourue jusqu’à votre arrivée en ce lieu.

Deutéronome 2 : 7

Car l’Éternel, ton Dieu, t’a béni dans tout le travail de tes mains, il a connu ta marche dans ce grand désert. Voilà quarante années que l’Éternel, ton Dieu, est avec toi: tu n’as manqué de rien.

Deutéronome 8 : 2-3

Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ?

Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur.

 Deutéronome 8 : 15-16

C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure.

C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne – cette nourriture inconnue de tes pères – pour te faire passer par la pauvreté et pour t’éprouver avant de te rendre heureux.

 Psaume 77 : 17-20

Mais ils péchaient encore contre lui, dans les lieux arides ils bravaient le Très-Haut ;

ils tentaient le Seigneur dans leurs coeurs, ils réclamèrent de manger à leur faim.

Ils s’en prennent à Dieu et demandent : « Dieu peut-il apprêter une table au désert ?

Sans doute, il a frappé le rocher : l’eau a jailli, elle coule à flots ! Mais pourra-t-il nous donner du pain et procurer de la viande à son peuple ? »

 Psaume 94 : 8-9

« Ne fermez pas votre coeur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi,

où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit.

 Psaume 106 : 35

C’est lui qui change le désert en étang, les terres arides en source d’eau ;

Ezékiel 20 : 15

Dans le désert, je levai ma main vers eux, pour ne pas les conduire dans le pays que je leur avais destiné, pays où coulent le lait et le miel, le plus beau de tous les pays,

 Ezékiel 20 : 21

Cependant les fils se révoltèrent contre moi, ils ne marchèrent pas selon mes décrets, n’observèrent ni ne pratiquèrent mes ordonnances, celles que l’homme doit pratiquer pour en vivre, et ils profanèrent mes sabbats. Alors j’ai dit : je déverserai ma fureur contre eux et, dans le désert, j’irai jusqu’au bout de ma colère envers eux.

Ezékiel 20 : 35-36

je vous mènerai au désert des peuples et là, face à face, j’entrerai en jugement contre vous.

Comme je suis entré en jugement contre vos pères au désert du pays d’Égypte, ainsi entrerai-je en jugement contre vous – oracle du Seigneur Dieu.

 Osée 2 : 16-17

C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur.

Et là, je lui rendrai ses vignobles, et je ferai du Val d’Akor (c’est-à-dire « de la Déroute ») la porte de l’Espérance. Là, elle me répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle est sortie du pays d’Égypte.

 Matthieu 4 : 1-4

Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable.

Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim.

Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »

Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

 Marc 1 : 12-13

Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert

et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.

 Luc 4 : 1-2

Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert

où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.

Jean 6 : 31

Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit: Il leur donna le pain du ciel à manger.

 Hébreux 3 : 8-10

C’est pourquoi, comme le dit l’Esprit Saint dans un psaume : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix,

n’endurcissez pas votre cœur comme au temps du défi, comme au jour de l’épreuve dans le désert,

quand vos pères m’ont mis à l’épreuve et provoqué. Alors ils m’ont vu à l’œuvre

pendant quarante ans ; oui, je me suis emporté contre cette génération, et j’ai dit : Toujours ils ont le cœur égaré, ils n’ont pas connu mes chemins.

 Hébreux 3 : 17-19

 Contre qui Dieu s’est-il emporté pendant quarante ans ? N’est-ce pas contre ceux qui avaient péché, et dont les cadavres sont tombés dans le désert ?

À qui a-t-il fait le serment qu’ils n’entreraient pas dans son repos, sinon à ceux qui avaient refusé de croire ?

Nous constatons qu’ils n’ont pas pu entrer à cause de leur manque de foi.

 

Prières sur le désert

Charles de Foucault


Mon Père,

Je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi,
je te remercie.
Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté
se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu.
Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu,
avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je t’aime,
et que ce m’est un besoin d’amour
de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père.

Antoine de Saint Exupéry

Seigneur, je sais que toute aspiration est belle.
Celle de la liberté et celle de la discipline.
Celle du pain pour les enfants
Celle de la science qui examine,
Celle du respect qui accepte et fonde.
Celle du partage qui distribue.
Celle du temps qui donne la méditation
Et celle du travail qui remplit le temps.
Celle de l’amour qui grandit l’homme,
Celle de la pitié qui va vers les autres,
Celle de l’avenir à construire
Et celle du passé à sauver.
Celle de la paix qui est récolte.Seigneur, prêtez-moi un copeau de votre manteau
Pour y abriter tous les hommes
Avec leurs bagages de grands souhaits.
Seigneur, je veux fonder la noblesse des fidèles
Et la beauté des temples
Qui donne un sens à leur vie.

Mais ce soir dans le désert de mon amour,
J’ai rencontré une petite fille en larmes.
J’ai renversé sa tête pour lire dans ses yeux.
Et son chagrin m’a ébloui.
Si je refuse, Seigneur, de le reconnaître
Je refuse une part du monde.
Ce n’est pas que je me détourne de mes grands buts,
Mais que cette petite fille soit consolée !
Car alors seulement le monde ira bien,
Elle est aussi signe du monde.

Je Te loue, Seigneur,
Car j’ai trouvé ce que je cherche,
J’ai achevé de devenir.
Seigneur, me voilà vieux
Et de la faiblesse des arbres quand vente l’hiver.
Je laisse en arrière ma génération
Comme sur le versant désormais révolu d’une montagne.
Daigne pour ta gloire, faire que je m’endorme
Au creux de ces sables où j’ai bien travaillé 

 

Publié le 04 novembre 2026

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Aller au désert

Dans la religion catholique, le désert est un symbole spirituel majeur. Il désigne à la fois un lieu géographique réel et une réalité intérieure ou existentielle.

Ce symbole trouve son origine dans l’ancien testament.

Le désert est le lieu où Dieu nous conduit, le lieu où il nous parle.

Dans la vie du chrétien, le désert n’est pas un accident ou une punition, mais un lieu de transformation spirituelle. Inspiré de la Bible (les 40 ans d’Israël ou les 40 jours de Jésus au désert), il symbolise à la fois l’épreuve et l’intimité avec Dieu.

  1. Un lieu d’épreuve et de dépouillement
  • L’aridité et le silence : Le désert représente les moments de sécheresse intérieure, les doutes, les épreuves (maladie, deuil, solitude) où les sécurités humaines disparaissent.
  • L’affinement de la foi : C’est là que l’on découvre ce qui soutient réellement notre vie : « L’homme ne vit pas de pain seulement ».
  • Le combat spirituel : À l’image du Christ tenté par le diable au désert, c’est un espace où l’on affronte nos faiblesses, nos orgueils et nos faux besoins.

Dans la tradition juive et la Torah, le désert (Midbar, מדبر, dont la racine hébraïque évoque aussi la parole) revêt une forte charge symbolique et une profonde ambivalence.

  1. Le lieu du don de la Torah et de l’humilité
  • Un espace sans maître : Le désert est une terre qui n’appartient à personne. En y donnant la Torah, Dieu indique que celle-ci n’est l’apanage d’aucun pays, d’aucune classe sociale ou d’aucun groupe privilégié ; elle est ouverte et accessible à tous.
  • L’effacement de l’ego : D’après le Midrash (Bamidbar Rabba), celui qui veut recevoir la Torah doit être comme le désert — c’est-à-dire libre, ouvert, dépouillé de son orgueil et prêt à écouter (« comme un désert foulé au pied par tous »)

     Le silence propice à la parole divine : Pour le rabbin Haïm Korsia, le désert est le lieu du silence où la voix de Dieu peut résonner (Midbar / Dabar — la parole).

  1. Un espace d’ambivalence : épreuve et intimité
  • L’épreuve et l’errance : C’est le lieu de la traversée de 40 ans après la sortie d’Égypte, marqué par les doutes, les plaintes du peuple, la faim et la soif, mais aussi par l’apprentissage de la confiance en Dieu (symbolisé par la manne
  • Un moment d’intimité paradisiaque : Certains exégètes rabbiniques voient paradoxalement le désert comme une période d’âge d’or spirituel, une sorte de « période de fiançailles » entre Dieu et Israël, éloignée des soucis matériels de la sédentarité.

Un refuge : C’est aussi un lieu de protection et de mise à l’écart face au danger (comme le roi David fuyant Saül).

Dans le nouveau testament

  • Le jeûne de Jésus : Au début de son ministère, Jésus est poussé par l’Esprit Saint dans le désert où il jeûne pendant quarante jours et quarante nuits, affrontant et vainquant les tentations du diable. [1, 2, 3]

Les figures prophétiques : Des figures comme Jean-Baptiste prêchent et vivent dans le désert, qui devient le lieu par excellence de la conversion et de l’écoute de la Parole.

  1. La signification spirituelle
  • Un lieu de vérité et de dépouillement : Dans le silence et loin des distractions du monde, le croyant se dépouille du superflu pour faire face à sa propre fragilité et s’en remettre entièrement à Dieu.
  • Le combat spirituel : Le désert est le lieu de l’épreuve et de la tentation (pouvoir, autosuffisance, confort), mais c’est précisément là que se mesure la solidité de la foi et de l’amour pour Dieu.
  • Un temps de grâce et de rencontre : Comme le résume la tradition spirituelle (notamment à travers les Pères du désert ou des figures comme Charles de Foucauld), le désert est le lieu intime où Dieu « parle au cœur » de l’homme pour le transformer.
  1. La traduction liturgique : le Carême

Le temps du Carême (durant 40 jours avant Pâques) est l’actualisation liturgique de la traversée de Jésus au désert. Les catholiques sont invités à « entrer au désert » par la prière, le jeûne et le partage pour se convertir et se préparer à la Résurrection.

Les Pères du désert.

Les Pères du désert sont les pionniers de la vie monastique chrétienne. Aux IIIe et IVe siècles, fuyant l’agitation des villes, ces hommes (et quelques femmes, appelées les Mères du désert) se retirent dans les déserts d’Égypte, de Palestine et de Syrie pour y mener une vie d’ascèse et de prière.

Leur héritage, immense, a structuré toute la spiritualité de l’Église catholique.

  1. Le rôle historique : la naissance du monachisme
  • La fin des persécutions : En 313, l’édit de Milan pacifie l’Empire romain et le christianisme devient licite, puis religion d’État. Le martyre de sang disparaissant, le désert devient la nouvelle manière de donner radicalement sa vie à Dieu.
  • Antoine le Grand (l’ermite) : Considéré comme le père du monachisme, il choisit l’érémisme (la vie en solitaire). Son rayonnement attire des milliers de disciples au désert.
  • Pacôme le Grand (le cénobite) : Pour organiser la foule des disciples, il fonde le cénobitisme (la vie communautaire). Il rédige la première règle monastique, instaurant le travail partagé, l’obéissance à un supérieur et la prière commune.
  • La transmission par les écrits : Leurs paroles de sagesse ont été consignées dans les Apophtegmes des Pères du désert (ou Paroles des Anciens), un texte fondateur pour la littérature spirituelle mondiale.
  1. Le rôle spirituel : l’art du combat intérieur
  • La Hesychia (le silence de l’âme) : Le désert physique sert à acquérir un « désert intérieur ». Les Pères recherchent l’hésychia, un état de paix profonde, de silence et de vigilance face aux pensées parasites.
  • Le combat contre les vices : C’est au désert qu’Évagre le Pontique théorise les huit pensées mauvaises (qui deviendront plus tard les sept péchés capitaux). Les Pères apprennent à discerner l’origine de leurs pensées pour ne pas céder à la tentation.
  • La prière continuelle : Ils cherchent à obéir à l’exhortation de saint Paul de « prier sans cesse ». Cela donnera naissance à la prière du cœur (répétition rythmée du nom de Jésus), pilier de la méditation chrétienne.
  • La paternité spirituelle : Au désert, on ne s’improvise pas saint. Les novices se placent sous la direction d’un « Abba » (un Père) à qui ils confessent toutes leurs pensées secrètes pour recevoir conseil et guérison.
  1. Une influence durable
  • Les successeurs en Occident : Des figures comme saint Jérôme, saint Jean Cassien et plus tard saint Benoît se sont directement inspirés des Pères du désert pour rédiger leurs propres règles, façonnant ainsi toute l’Europe monastique médiévale.

Les principaux versets de la Bible sur le désert.

Exode 14 : 11-12

 Ils dirent à Moïse : « L’Égypte manquait-elle de tombeaux, pour que tu nous aies emmenés mourir dans le désert ? Quel mauvais service tu nous as rendu en nous faisant sortir d’Égypte !

C’est bien là ce que nous te disions en Égypte : “Ne t’occupe pas de nous, laisse-nous servir les Égyptiens. Il vaut mieux les servir que de mourir dans le désert !” »

 

Nombres 14 : 33-34

Vous avez exploré le pays pendant quarante jours, chaque jour vaudra une année : vous porterez donc le poids de vos fautes pendant quarante ans, et vous saurez ce qu’il en coûte d’encourir ma réprobation.”

Moi, le Seigneur, j’ai parlé. Oui, c’est ainsi que je traiterai cette communauté mauvaise liguée contre moi. Dans ce désert, tous finiront leur vie : là, ils mourront. »

 

Nombres 20 : 1-4

Le premier mois de l’année, toute la communauté des fils d’Israël arriva dans le désert de Cine. Le peuple s’établit à Cadès. C’est là que Miryam mourut et qu’elle fut enterrée.

Comme il n’y avait pas d’eau pour la communauté, ils se rassemblèrent contre Moïse et Aaron.

Le peuple chercha querelle à Moïse, en disant : « Ah ! si seulement nous avions expiré, quand nos frères ont expiré devant le Seigneur !

Pourquoi avoir amené l’assemblée du Seigneur dans ce désert où nous allons mourir, nous et nos bêtes ?

 

Nombres 21 : 5

Il récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! »

 

Deutéronome 1 : 31

Tu l’as vu aussi dans le désert : le Seigneur ton Dieu t’a porté, comme un homme porte son fils, tout au long de la route que vous avez parcourue jusqu’à votre arrivée en ce lieu.

Deutéronome 2 : 7

Car l’Éternel, ton Dieu, t’a béni dans tout le travail de tes mains, il a connu ta marche dans ce grand désert. Voilà quarante années que l’Éternel, ton Dieu, est avec toi: tu n’as manqué de rien.

Deutéronome 8 : 2-3

Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ?

Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur.

 Deutéronome 8 : 15-16

C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure.

C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne – cette nourriture inconnue de tes pères – pour te faire passer par la pauvreté et pour t’éprouver avant de te rendre heureux.

 Psaume 77 : 17-20

Mais ils péchaient encore contre lui, dans les lieux arides ils bravaient le Très-Haut ;

ils tentaient le Seigneur dans leurs coeurs, ils réclamèrent de manger à leur faim.

Ils s’en prennent à Dieu et demandent : « Dieu peut-il apprêter une table au désert ?

Sans doute, il a frappé le rocher : l’eau a jailli, elle coule à flots ! Mais pourra-t-il nous donner du pain et procurer de la viande à son peuple ? »

 Psaume 94 : 8-9

« Ne fermez pas votre coeur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi,

où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit.

 Psaume 106 : 35

C’est lui qui change le désert en étang, les terres arides en source d’eau ;

Ezékiel 20 : 15

Dans le désert, je levai ma main vers eux, pour ne pas les conduire dans le pays que je leur avais destiné, pays où coulent le lait et le miel, le plus beau de tous les pays,

 Ezékiel 20 : 21

Cependant les fils se révoltèrent contre moi, ils ne marchèrent pas selon mes décrets, n’observèrent ni ne pratiquèrent mes ordonnances, celles que l’homme doit pratiquer pour en vivre, et ils profanèrent mes sabbats. Alors j’ai dit : je déverserai ma fureur contre eux et, dans le désert, j’irai jusqu’au bout de ma colère envers eux.

Ezékiel 20 : 35-36

je vous mènerai au désert des peuples et là, face à face, j’entrerai en jugement contre vous.

Comme je suis entré en jugement contre vos pères au désert du pays d’Égypte, ainsi entrerai-je en jugement contre vous – oracle du Seigneur Dieu.

 Osée 2 : 16-17

C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur.

Et là, je lui rendrai ses vignobles, et je ferai du Val d’Akor (c’est-à-dire « de la Déroute ») la porte de l’Espérance. Là, elle me répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle est sortie du pays d’Égypte.

 Matthieu 4 : 1-4

Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable.

Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim.

Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »

Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

 Marc 1 : 12-13

Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert

et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.

 Luc 4 : 1-2

Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert

où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.

Jean 6 : 31

Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit: Il leur donna le pain du ciel à manger.

 Hébreux 3 : 8-10

C’est pourquoi, comme le dit l’Esprit Saint dans un psaume : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix,

n’endurcissez pas votre cœur comme au temps du défi, comme au jour de l’épreuve dans le désert,

quand vos pères m’ont mis à l’épreuve et provoqué. Alors ils m’ont vu à l’œuvre

pendant quarante ans ; oui, je me suis emporté contre cette génération, et j’ai dit : Toujours ils ont le cœur égaré, ils n’ont pas connu mes chemins.

 Hébreux 3 : 17-19

 Contre qui Dieu s’est-il emporté pendant quarante ans ? N’est-ce pas contre ceux qui avaient péché, et dont les cadavres sont tombés dans le désert ?

À qui a-t-il fait le serment qu’ils n’entreraient pas dans son repos, sinon à ceux qui avaient refusé de croire ?

Nous constatons qu’ils n’ont pas pu entrer à cause de leur manque de foi.

 

Prières sur le désert

Charles de Foucault


Mon Père,

Je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi,
je te remercie.
Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté
se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu.
Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu,
avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je t’aime,
et que ce m’est un besoin d’amour
de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père.

Antoine de Saint Exupéry

Seigneur, je sais que toute aspiration est belle.
Celle de la liberté et celle de la discipline.
Celle du pain pour les enfants
Celle de la science qui examine,
Celle du respect qui accepte et fonde.
Celle du partage qui distribue.
Celle du temps qui donne la méditation
Et celle du travail qui remplit le temps.
Celle de l’amour qui grandit l’homme,
Celle de la pitié qui va vers les autres,
Celle de l’avenir à construire
Et celle du passé à sauver.
Celle de la paix qui est récolte.Seigneur, prêtez-moi un copeau de votre manteau
Pour y abriter tous les hommes
Avec leurs bagages de grands souhaits.
Seigneur, je veux fonder la noblesse des fidèles
Et la beauté des temples
Qui donne un sens à leur vie.

Mais ce soir dans le désert de mon amour,
J’ai rencontré une petite fille en larmes.
J’ai renversé sa tête pour lire dans ses yeux.
Et son chagrin m’a ébloui.
Si je refuse, Seigneur, de le reconnaître
Je refuse une part du monde.
Ce n’est pas que je me détourne de mes grands buts,
Mais que cette petite fille soit consolée !
Car alors seulement le monde ira bien,
Elle est aussi signe du monde.

Je Te loue, Seigneur,
Car j’ai trouvé ce que je cherche,
J’ai achevé de devenir.
Seigneur, me voilà vieux
Et de la faiblesse des arbres quand vente l’hiver.
Je laisse en arrière ma génération
Comme sur le versant désormais révolu d’une montagne.
Daigne pour ta gloire, faire que je m’endorme
Au creux de ces sables où j’ai bien travaillé 

 

Publié le 04 novembre 2026

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Aller au désert

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Dans la religion catholique, le désert est un symbole spirituel majeur. Il désigne à la fois un lieu géographique réel et une réalité intérieure ou existentielle.

Ce symbole trouve son origine dans l’ancien testament.

Le désert est le lieu où Dieu nous conduit, le lieu où il nous parle.

Dans la vie du chrétien, le désert n’est pas un accident ou une punition, mais un lieu de transformation spirituelle. Inspiré de la Bible (les 40 ans d’Israël ou les 40 jours de Jésus au désert), il symbolise à la fois l’épreuve et l’intimité avec Dieu.

  1. Un lieu d’épreuve et de dépouillement
  • L’aridité et le silence : Le désert représente les moments de sécheresse intérieure, les doutes, les épreuves (maladie, deuil, solitude) où les sécurités humaines disparaissent.
  • L’affinement de la foi : C’est là que l’on découvre ce qui soutient réellement notre vie : « L’homme ne vit pas de pain seulement ».
  • Le combat spirituel : À l’image du Christ tenté par le diable au désert, c’est un espace où l’on affronte nos faiblesses, nos orgueils et nos faux besoins.

Dans la tradition juive et la Torah, le désert (Midbar, מדبر, dont la racine hébraïque évoque aussi la parole) revêt une forte charge symbolique et une profonde ambivalence.

  1. Le lieu du don de la Torah et de l’humilité
  • Un espace sans maître : Le désert est une terre qui n’appartient à personne. En y donnant la Torah, Dieu indique que celle-ci n’est l’apanage d’aucun pays, d’aucune classe sociale ou d’aucun groupe privilégié ; elle est ouverte et accessible à tous.
  • L’effacement de l’ego : D’après le Midrash (Bamidbar Rabba), celui qui veut recevoir la Torah doit être comme le désert — c’est-à-dire libre, ouvert, dépouillé de son orgueil et prêt à écouter (« comme un désert foulé au pied par tous »)

     Le silence propice à la parole divine : Pour le rabbin Haïm Korsia, le désert est le lieu du silence où la voix de Dieu peut résonner (Midbar / Dabar — la parole).

  1. Un espace d’ambivalence : épreuve et intimité
  • L’épreuve et l’errance : C’est le lieu de la traversée de 40 ans après la sortie d’Égypte, marqué par les doutes, les plaintes du peuple, la faim et la soif, mais aussi par l’apprentissage de la confiance en Dieu (symbolisé par la manne
  • Un moment d’intimité paradisiaque : Certains exégètes rabbiniques voient paradoxalement le désert comme une période d’âge d’or spirituel, une sorte de « période de fiançailles » entre Dieu et Israël, éloignée des soucis matériels de la sédentarité.

Un refuge : C’est aussi un lieu de protection et de mise à l’écart face au danger (comme le roi David fuyant Saül).

Dans le nouveau testament

  • Le jeûne de Jésus : Au début de son ministère, Jésus est poussé par l’Esprit Saint dans le désert où il jeûne pendant quarante jours et quarante nuits, affrontant et vainquant les tentations du diable. [1, 2, 3]

Les figures prophétiques : Des figures comme Jean-Baptiste prêchent et vivent dans le désert, qui devient le lieu par excellence de la conversion et de l’écoute de la Parole.

  1. La signification spirituelle
  • Un lieu de vérité et de dépouillement : Dans le silence et loin des distractions du monde, le croyant se dépouille du superflu pour faire face à sa propre fragilité et s’en remettre entièrement à Dieu.
  • Le combat spirituel : Le désert est le lieu de l’épreuve et de la tentation (pouvoir, autosuffisance, confort), mais c’est précisément là que se mesure la solidité de la foi et de l’amour pour Dieu.
  • Un temps de grâce et de rencontre : Comme le résume la tradition spirituelle (notamment à travers les Pères du désert ou des figures comme Charles de Foucauld), le désert est le lieu intime où Dieu « parle au cœur » de l’homme pour le transformer.
  1. La traduction liturgique : le Carême

Le temps du Carême (durant 40 jours avant Pâques) est l’actualisation liturgique de la traversée de Jésus au désert. Les catholiques sont invités à « entrer au désert » par la prière, le jeûne et le partage pour se convertir et se préparer à la Résurrection.

Les Pères du désert.

Les Pères du désert sont les pionniers de la vie monastique chrétienne. Aux IIIe et IVe siècles, fuyant l’agitation des villes, ces hommes (et quelques femmes, appelées les Mères du désert) se retirent dans les déserts d’Égypte, de Palestine et de Syrie pour y mener une vie d’ascèse et de prière.

Leur héritage, immense, a structuré toute la spiritualité de l’Église catholique.

  1. Le rôle historique : la naissance du monachisme
  • La fin des persécutions : En 313, l’édit de Milan pacifie l’Empire romain et le christianisme devient licite, puis religion d’État. Le martyre de sang disparaissant, le désert devient la nouvelle manière de donner radicalement sa vie à Dieu.
  • Antoine le Grand (l’ermite) : Considéré comme le père du monachisme, il choisit l’érémisme (la vie en solitaire). Son rayonnement attire des milliers de disciples au désert.
  • Pacôme le Grand (le cénobite) : Pour organiser la foule des disciples, il fonde le cénobitisme (la vie communautaire). Il rédige la première règle monastique, instaurant le travail partagé, l’obéissance à un supérieur et la prière commune.
  • La transmission par les écrits : Leurs paroles de sagesse ont été consignées dans les Apophtegmes des Pères du désert (ou Paroles des Anciens), un texte fondateur pour la littérature spirituelle mondiale.
  1. Le rôle spirituel : l’art du combat intérieur
  • La Hesychia (le silence de l’âme) : Le désert physique sert à acquérir un « désert intérieur ». Les Pères recherchent l’hésychia, un état de paix profonde, de silence et de vigilance face aux pensées parasites.
  • Le combat contre les vices : C’est au désert qu’Évagre le Pontique théorise les huit pensées mauvaises (qui deviendront plus tard les sept péchés capitaux). Les Pères apprennent à discerner l’origine de leurs pensées pour ne pas céder à la tentation.
  • La prière continuelle : Ils cherchent à obéir à l’exhortation de saint Paul de « prier sans cesse ». Cela donnera naissance à la prière du cœur (répétition rythmée du nom de Jésus), pilier de la méditation chrétienne.
  • La paternité spirituelle : Au désert, on ne s’improvise pas saint. Les novices se placent sous la direction d’un « Abba » (un Père) à qui ils confessent toutes leurs pensées secrètes pour recevoir conseil et guérison.
  1. Une influence durable
  • Les successeurs en Occident : Des figures comme saint Jérôme, saint Jean Cassien et plus tard saint Benoît se sont directement inspirés des Pères du désert pour rédiger leurs propres règles, façonnant ainsi toute l’Europe monastique médiévale.

Les principaux versets de la Bible sur le désert.

Exode 14 : 11-12

 Ils dirent à Moïse : « L’Égypte manquait-elle de tombeaux, pour que tu nous aies emmenés mourir dans le désert ? Quel mauvais service tu nous as rendu en nous faisant sortir d’Égypte !

C’est bien là ce que nous te disions en Égypte : “Ne t’occupe pas de nous, laisse-nous servir les Égyptiens. Il vaut mieux les servir que de mourir dans le désert !” »

 

Nombres 14 : 33-34

Vous avez exploré le pays pendant quarante jours, chaque jour vaudra une année : vous porterez donc le poids de vos fautes pendant quarante ans, et vous saurez ce qu’il en coûte d’encourir ma réprobation.”

Moi, le Seigneur, j’ai parlé. Oui, c’est ainsi que je traiterai cette communauté mauvaise liguée contre moi. Dans ce désert, tous finiront leur vie : là, ils mourront. »

 

Nombres 20 : 1-4

Le premier mois de l’année, toute la communauté des fils d’Israël arriva dans le désert de Cine. Le peuple s’établit à Cadès. C’est là que Miryam mourut et qu’elle fut enterrée.

Comme il n’y avait pas d’eau pour la communauté, ils se rassemblèrent contre Moïse et Aaron.

Le peuple chercha querelle à Moïse, en disant : « Ah ! si seulement nous avions expiré, quand nos frères ont expiré devant le Seigneur !

Pourquoi avoir amené l’assemblée du Seigneur dans ce désert où nous allons mourir, nous et nos bêtes ?

 

Nombres 21 : 5

Il récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! »

 

Deutéronome 1 : 31

Tu l’as vu aussi dans le désert : le Seigneur ton Dieu t’a porté, comme un homme porte son fils, tout au long de la route que vous avez parcourue jusqu’à votre arrivée en ce lieu.

Deutéronome 2 : 7

Car l’Éternel, ton Dieu, t’a béni dans tout le travail de tes mains, il a connu ta marche dans ce grand désert. Voilà quarante années que l’Éternel, ton Dieu, est avec toi: tu n’as manqué de rien.

Deutéronome 8 : 2-3

Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ?

Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur.

 Deutéronome 8 : 15-16

C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure.

C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne – cette nourriture inconnue de tes pères – pour te faire passer par la pauvreté et pour t’éprouver avant de te rendre heureux.

 Psaume 77 : 17-20

Mais ils péchaient encore contre lui, dans les lieux arides ils bravaient le Très-Haut ;

ils tentaient le Seigneur dans leurs coeurs, ils réclamèrent de manger à leur faim.

Ils s’en prennent à Dieu et demandent : « Dieu peut-il apprêter une table au désert ?

Sans doute, il a frappé le rocher : l’eau a jailli, elle coule à flots ! Mais pourra-t-il nous donner du pain et procurer de la viande à son peuple ? »

 Psaume 94 : 8-9

« Ne fermez pas votre coeur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi,

où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit.

 Psaume 106 : 35

C’est lui qui change le désert en étang, les terres arides en source d’eau ;

Ezékiel 20 : 15

Dans le désert, je levai ma main vers eux, pour ne pas les conduire dans le pays que je leur avais destiné, pays où coulent le lait et le miel, le plus beau de tous les pays,

 Ezékiel 20 : 21

Cependant les fils se révoltèrent contre moi, ils ne marchèrent pas selon mes décrets, n’observèrent ni ne pratiquèrent mes ordonnances, celles que l’homme doit pratiquer pour en vivre, et ils profanèrent mes sabbats. Alors j’ai dit : je déverserai ma fureur contre eux et, dans le désert, j’irai jusqu’au bout de ma colère envers eux.

Ezékiel 20 : 35-36

je vous mènerai au désert des peuples et là, face à face, j’entrerai en jugement contre vous.

Comme je suis entré en jugement contre vos pères au désert du pays d’Égypte, ainsi entrerai-je en jugement contre vous – oracle du Seigneur Dieu.

 Osée 2 : 16-17

C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur.

Et là, je lui rendrai ses vignobles, et je ferai du Val d’Akor (c’est-à-dire « de la Déroute ») la porte de l’Espérance. Là, elle me répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle est sortie du pays d’Égypte.

 Matthieu 4 : 1-4

Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable.

Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim.

Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »

Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

 Marc 1 : 12-13

Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert

et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.

 Luc 4 : 1-2

Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert

où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.

Jean 6 : 31

Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit: Il leur donna le pain du ciel à manger.

 Hébreux 3 : 8-10

C’est pourquoi, comme le dit l’Esprit Saint dans un psaume : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix,

n’endurcissez pas votre cœur comme au temps du défi, comme au jour de l’épreuve dans le désert,

quand vos pères m’ont mis à l’épreuve et provoqué. Alors ils m’ont vu à l’œuvre

pendant quarante ans ; oui, je me suis emporté contre cette génération, et j’ai dit : Toujours ils ont le cœur égaré, ils n’ont pas connu mes chemins.

 Hébreux 3 : 17-19

 Contre qui Dieu s’est-il emporté pendant quarante ans ? N’est-ce pas contre ceux qui avaient péché, et dont les cadavres sont tombés dans le désert ?

À qui a-t-il fait le serment qu’ils n’entreraient pas dans son repos, sinon à ceux qui avaient refusé de croire ?

Nous constatons qu’ils n’ont pas pu entrer à cause de leur manque de foi.

 

Prières sur le désert

Charles de Foucault


Mon Père,

Je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi,
je te remercie.
Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté
se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu.
Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu,
avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je t’aime,
et que ce m’est un besoin d’amour
de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père.

Antoine de Saint Exupéry

Seigneur, je sais que toute aspiration est belle.
Celle de la liberté et celle de la discipline.
Celle du pain pour les enfants
Celle de la science qui examine,
Celle du respect qui accepte et fonde.
Celle du partage qui distribue.
Celle du temps qui donne la méditation
Et celle du travail qui remplit le temps.
Celle de l’amour qui grandit l’homme,
Celle de la pitié qui va vers les autres,
Celle de l’avenir à construire
Et celle du passé à sauver.
Celle de la paix qui est récolte.Seigneur, prêtez-moi un copeau de votre manteau
Pour y abriter tous les hommes
Avec leurs bagages de grands souhaits.
Seigneur, je veux fonder la noblesse des fidèles
Et la beauté des temples
Qui donne un sens à leur vie.

Mais ce soir dans le désert de mon amour,
J’ai rencontré une petite fille en larmes.
J’ai renversé sa tête pour lire dans ses yeux.
Et son chagrin m’a ébloui.
Si je refuse, Seigneur, de le reconnaître
Je refuse une part du monde.
Ce n’est pas que je me détourne de mes grands buts,
Mais que cette petite fille soit consolée !
Car alors seulement le monde ira bien,
Elle est aussi signe du monde.

Je Te loue, Seigneur,
Car j’ai trouvé ce que je cherche,
J’ai achevé de devenir.
Seigneur, me voilà vieux
Et de la faiblesse des arbres quand vente l’hiver.
Je laisse en arrière ma génération
Comme sur le versant désormais révolu d’une montagne.
Daigne pour ta gloire, faire que je m’endorme
Au creux de ces sables où j’ai bien travaillé 

 

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Publié le 04 novembre 2026